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Lieux d'Art

Subtile restauration

Les jardins Van Buuren ont subi en 5 ans un lifting particulièrement réussi. Ils ont retrouvé leur structure d’origine, enfouie sous une végétation qui,  en 40 ans, avait pris le dessus.

©Atelier Eole Paysagistes

©Atelier Eole Paysagistes

Le musée Van Buuren, avec ses jardins, est un lieu discret, un trésor un peu caché, comme il y en a beaucoup à Bruxelles. L’heureux visiteur informé par le bouche à oreille est envoûté, dès qu’il y entre, par le charme des jardins, sublimes écrins à la villa Art Déco construite en 1929 par Alexis Van Vaerenberghe pour le couple de collectionneurs David et Alice Van Buuren.

Alice Van Buuren était passionnée de jardins.  En éventail autour de la maison, s’étend un “Jardin pittoresque”, créé en 1929 par l’architecte paysagiste Jules Buyssens (1872-1958), cerné côté rue d’une petite roseraie et côté verger d’une grande roseraie datant de 1930. Alice continue tout au long de sa vie à agrandir la propriété en achetant des lopins de terre. Elle commande le Labyrinthe en 1969 et le Jardin du Coeur au 1970 à René Pechère, qui fut l’élève de Buyssens. Aujourd’hui, les espaces verts de la propriété  sont tous les dignes représentants de différentes époques et de différentes manières de mettre en forme un jardin.

Prémices du projet

C’est en constatant la différence entre une photo d’archives de la petite roseraie et la vue de celle-ci qu’elle a de son bureau que la conservatrice Isabelle Anspach décide de lancer une grande restauration des jardins Van Buuren, dès 2009.

“Toute la difficulté”, explique Anne-Marie Sauvat, architecte paysagiste responsable du projet,  “a été de faire admettre que pour retrouver l’originalité du jardin il fallait abattre, débrousailler.” Forte d’une étude historique qui a rassemblé, analysé et interpréter des centaines de données historiques : archives personnelles de l’architecte paysagiste (plans, notes, photos de chantier), photos de famille dans les jardins, correspondance du maître d’ouvrage avec l’architecte, l’entrepreneur, les fournisseurs, récits et interviews de l’époque… Ainsi que des archives publiques, les catalogues des pépinières de l’époque, les articles de revues spécialisées. On a recueilli le témoignage du jardinier Rodolphe Heye qui a travaillé plus de 40 ans dans les jardins.

01C’est le Jardin pittoresque et les deux roseraies qui ont été restaurés. C’est la première restauration d’un jardin privé classé, financée à près de 80% par la région de Bruxelles-Capitale. Les jardins étaient envahis pas la végétation et par des arbres qui n’existaient pas dans le projet initial. Le couple Van Buuren avait trois jardiniers en permanence. Aujourd’hui c’est impensable. La Région Bruxelles-Capitale prend en charge le salaire d’un jardinier durant les prochaines années. L’ensemble du chantier a coûté 3 M €. La restauration de l’intérieur de la maison est en phase de projet.

Roses anciennes et nouvelles

La petite roseraie qui fait le lien entre la rue et les jardins a été démontée et reconstituée avec ses 6 arceaux et non pas les 5 qu’on pouvait voir dernièrement.  Les socles en béton des arceaux originaux ont été retrouvés enfouis dans le sol. Le subtil dénivellé que Buyssens avait établi comme une zone de transition avec la rue avait disparu. Le sol était devenu au fil des ans une surface plane. En grattant, on a pu retrouver les traces du denivellé et le recréer. Il n’a pas été possible de replanter à l’identique, car certaines variétés de roses ont disparu. On a choisi de nouvelles variétés en fonction de leur résistance, de leur seconde floraison et de leur descendance avec les roses d’origine.

Dans le jardin pittoresque, le bassin est alimenté par des caniveaux en brique qui courent tout le long des pentes douces de la parcelle. Il a été restauré, ainsi que les caniveaux. Le mur fleuri se dégradait par les infiltrations d’eau venues du caniveau qui le longe et qui avait perdu sa forme creuse. Démonté moellon par moellon, il a été reconstruit à joints ouvers et replanté de plantes de rocailles. Sur la pelouse, les pas japonais qui tracent un sentier de découverte ont réapparu. Le grand pavillon a retrouvé son toit de chaume, et derrière on a retrouvé une charmante piste de jeu de quilles.

Le long du jardin Pittoresque, un sentier qu’on ne pouvait plus emprunté à cause des arbres et buissons qui l’envahissaient, a retrouvé son tracé. Il est longé par un mixed border qu’on a replanté à l’identique. Au bout, la gloriette précédemment enfouie sous la végétation a retrouvé élégance et légèreté ainsi que son banc refait à l’identique.

La grande roseraie a elle aussi été déplantée et grattée. On a retrouvé des bordures en briquettes et le gravier rouge a été remplacé par du blanc, tel que dans le projet initial. La pergola avait elle aussi perdu beaucoup de son charme. Les poteaux qui la soutiennent ont été remplacés un par un sans abîmer les pieds de rosiers.

La dernière surprise fut de trouver dans les haies côté rue des murets de briques rouges, enfouis à plus de 20 cm du bord. On a taillé drastiquement les plantations et restaurés les murets.

La restauration des jardins est spectaculaire, car presque invisible. C’est en écoutant Isabelle Anspach qu’on comprend comment les travaux ont redonné aux jardins une structure précise, discrète et d’une grande pureté. On y découvre la rigueur du projet de Buyssens. Passionant.

www.museumvanbuuren.be

www.eole.eu

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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