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Ailleurs, Expos, Lieux d'Art

L’espace d’une rétrospective

 

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Née à Bruxelles, Françoise Schein y a étudié l’architecture à La Cambre. Elle quitte ensuite la Belgique pour New York, où elle obtient un Master Degree en « Urban Design et Architecture » et où elle restera 11 ans. En 1985, sur un trottoir de Soho (110, Greene Str.), à la demande d’un entrepreneur, elle installe une cartographie du métro, en acier et verre, incrustée dans le béton, graphique comme un réseau d’artères.

Revenue en Europe en 1989, elle va travailler sur la station de métro Concorde à Paris, inscrivant sur la voûte de celle-ci la déclaration des droits de l’homme à l’aide de milliers de carreaux de céramique vernis. A Bruxelles, elle habille la station de Saint-Gilles… Ce sera ensuite Lisbonne, Stockholm… Monumentaux, urbains, ses projets allient le sens de l’espace propre aux architectes avec des extraits de textes sur les droits civiques ou littéraires. Œuvre totale, chaque station est pensée en fonction de la ville qui l’abrite. Schein continue de voyager, laissant une œuvre dans presque chaque ville où elle séjourne : Haïfa, Berlin, Brême…

Françoise-Schein

C’est Rio de Janeiro qui Françoise Schein voit sa pratique se transformer. Pour plusieurs raisons : désireuse de réaliser une fresque dans les favelas avec les habitants, elle développe un programme participatif. Ceux-ci participent à la création de l’œuvre urbaine en carreaux de céramique. D’autre part, pour des raisons financières, Schein met en place un système de troc. Ainsi, un habitant qui désirait monter une entreprise d’impression sur t-shirts reçoit la machine qu’il a besoin, en échange d’heures de travail sur le chantier de Schein.

Mais surtout, c’est à Rio de Janeiro que Françoise Schein rencontre et adopte une petite fille de 6 ans. A partir de cet événement fondateur, l’œuvre de l’artiste prend un chemin plus social qu’ornemental. C’est le lien, le relationnel qui va passionner l’artiste. Elle va s’en préoccuper, le soigner au travers de ses installations dans la ville. Aujourd’hui, Schein monte des projets d’œuvres monumentales dont la réalisation est faite par la population du lieu. On peut dire que l’œuvre est une énorme et longue performance, finalisée par une installation. Des kits pédagogiques sont donnés aux écoles (par exemple) participantes. Les élèves sont intégrés au projet et en deviennent les co-auteurs.

banquetdetail1Ainsi, sur le mur extérieur d’un théâtre de Ramallah, des étudiants de trois écoles supérieures d’art ont été invités à illustrer un des trente articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme. La fresque est structurée en un immense arbre dont chaque feuille contient un dessin. Les étudiants sont musulmans et chrétiens. Une œuvre monumentale a pris place dans la ville mais a aussi tissé des liens entre les étudiants et par prolongation entre les familles de ceux-ci.

« Les grandes stars de l’architecture livrent à la population des sortes de blocs », explique Schein. « Qu’est-ce que l’humain, l’usager peut dire de ces réalisations ? Il n’est pas pris en compte. Il faut un urbanisme plus humain. (…) Bien sûr, la création en groupe, c’est plus long, c’est complexe à mettre en place et on gagne moins d’argent, mais c’est ce que j’essaie de faire à mon niveau. »

unnamed-8 C’est sa room mate de l’époque new-yorkaise, Siri Hustevdt, aujourd’hui écrivain et compagne de Paul Auster, qui introduit la rétrospective de l’oeuvre de Schein à voir actuellement au CIVA. « Françoise Schein est une artiste de l’espace humain, tant réel qu’imaginaire. » écrit-elle de son amie.

unnamed-13Le long d’une paroi courbe sillonnée par un train miniature, c’est l’ensemble des réalisations de l’artiste-architecte qu’on peut découvrir. Plan, photos et textes courts. On se rend compte qu’on a tous au moins une fois traversé une de ses œuvres. Dans la salle adjacente, l’artiste est en résidence. Elle sera ravie d’expliquer sa démarche. Plusieurs vidéos y sont à voir pour se pencher sur chaque projet en détails. Quelques œuvres individuelles, comme des cartographies lumineuses similaires à celle qu’on peut voir actuellement à la Centrale for Contemporary Art, des pictogrammes en acier découpé, des photos présentent un aspect plus précieux de son travail.

  • Françoise Schein. Artiste des droits humains
  • CIVA
  • 55 rue de l’ermitage
  • 1050 Bruxelles
  • Jusqu’au 4 mai
  • Du mardi au vendredi de 12h à 18h, samedi et dimanche de 10h30 à 18h

www.civa.be

www.francoiseschein.com

 http://www.rio450anos.com.br/

http://www.rtbf.be/radio/podcast/player?id=1905337

http://www.artitude.be/galerie/exposition-a-venir 

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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