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Galeries

Mortelle randonnée

WitkinBuste de marbre ou corps frémissant? Chair vivante ou cadavre figé? Composition gracieuse ou conte cruel? Comme la page illustrée d’un livre d’hisstoires, la photo rehaussée d’un texte de Joel-Peter Witkin s’incarne entre deux mondes, l’un réel, précis, descriptif, l’autre poétique, mystérieux, inquiétant. Ce photographe new-yorkais né en 1939, qui voyage sans cesse, tente au travers des images qu’il crée de faire le lien entre les différentes cultures qu’il côtoie, à commencer par les convictions religieuses opposées de ses parents, l’un immigré lituanien juif et l’autre catholique d’origine italienne. Utilisant le médium de la photographie pour mettre en scène ses questionnements, il joue avec bonheur de la mise en scène baroque, étrange, pour un résultat qui déploie une ambiance proche de celle des clichés des débuts de la photographie. Outre le choix du noir et blanc, il n’hésite pas à griffer les négatifs, à retoucher les photos imprimées sur papier argentique, à les rehausser de motifs ou de textes à la peinture, puis à les recouvrir d’une couche de cire, leur donnant une texture satinée.

Ce corps parfait qui semble flotter entre la vie et la mort, la beauté de ces seins juvéniles, les mains puissantes… sont entourés d’objets étranges: un crâne, un hibou, un crucifix. Ceux-ci sont, au delà de leur image première, porteurs de symboles forts: la mort, l’obscurité, la religion. Ou autre chose que vous voudrez bien y voir. C’est l’association des différentes éléments, ainsi que les branchages et les feuillages, le masque sur les yeux, qui font de cette image bien plus qu’une photographie. Witkin l’a composée comme un dessin ou une peinture. Il y parle de son obsession pour la mort, le sexe, l’étrange, le féminin. Toutes les périgrinations de Witkin, réelles ou imaginaires, s’incarnent dans ses oeuvres d’une grande poésie, à voir encore cette semaine à la galerie Keitelman.

  • Joel-Peter Witkin
  • Love and other reasons
  • Keitelman Gallery
  • 44 rue Van Eyck
  • 1000 Bruxelles
  • Jusqu’au 29 mars

Paru en mars 2014 dans M… Belgique

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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