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Lieux d'Art

Si loin si proche #CentraleforContemporaryArt #Bxl

C’est au départ d’une installation vidéo de l’artiste australienne Lauren Moffatt que la commissaire de l’exposition et directrice artistique de la Centrale Carine Fol a construit le propos d’une exposition passionnante, une plongée philosophique dans le regard et la réalité qui se transforme sous celui-ci.

1418_mask_camera“Ce n’est pas le visible qui est décisif”, explique-t-elle, mais plutôt la forme des rapprochements que le spectateur opère. Cette approche considère toute perception comme une communication ou une communion….”. C’est pour expérimenter ce phénomène au travers de nos propres yeux qu’on entre dans l’exposition “Distant Proximity”, un parcours puissant et poétique.

Cette invitation à la réflexion s’entame par un espace dans le noir, où, ayant chaussé des lunettes 3D, le visiteur s’immerge dans le bouleversant film de Lauren Moffatt. Cette femme âgée, fragile, y décrit comment elle ne supporte plus les milliers de caméras qui parsèment la ville et la surveillent. Pour s’en protéger, elle se construit un masque, ou plutôt un casque derrière lequel elle se cache pour déambuler dans la rue, le métro. Via ce casque, elle peut filmer et enregistrer ce qu’elle voit. C’est étrangement bouleversant, dur comme une pierre précieuse.

Distant-3La suite de l’histoire vous fait découvrir un large assemblage d’ACM (Alfred et Corinne Marie): issu de l’art outsider, cet artiste qu’on avait pu découvrir au LAM de Villeneuve-d’Ascq assemble de petites pièces métalliques, électroniques et plastiques extraites de diverses machines pour réaliser des structures qui semblent des villes infiniment grandes. Le processus de création d’ACM permet sans doute à l’artiste d’organiser ses pensées, en même temps qu’il donne à voir une ville imaginaire, chaotique et très construite à la fois.

Plus loin, voici Françoise Schein, dont une très belle rétrospective s’est ouverte au CIVA. Nous en parlerons pas ailleurs. Ici, « Belgium Memories » met en réseau et en lumières des cartographies d’autoroutes. Créée en 1988, l’oeuvre reste aujourd’hui très actuelle, tant elle préssent les réseaux web qui relient aujourd’hui de manière instantanée les uns et les autres. Cette manière de traduire des cartographies très réelles voire triviales en des réseaux poétiques invite le spectateur à transformer son regard.

Dans le centre de l’espace s’offre à voir une immense installation de Peter Buggenhout « The blind leading the blind ». Faite de matériaux récupérés, couverte de poussière grise, elle est tellement puissante et énigmatique qu’on ne peut que se taire et regarder. Aucune bonne perspective sur la chose, une forme non finie, un tout indiscible et pourtant très présent, l’œuvre est installée sous des rangées de néons allumés, dans une lumière froide qui interdit toute narration.

On pointe Valérie Sonnier, dont les grands dessins à la mine de plomb et les films parlent de la maison de son enfance, de son jardin sauvage. Présentés sous un angle étrange, comme vus depuis le regard d’une toute petite fille, on y voit le ciel, tourmenté, les arbres et la maison, noirs.

La narration très construite et savoureuse de « Distant Proximity » se termine avec les vidéos et photos de feux de Wilmes & Mascaux, qui décrivent les chaos urbains qu’ils tentent d’archiver au gré de leurs voyages.

Pour poursuivre ou enrichir la réflexion qui n’aura pas manqué de naître durant la visite, de nombreuses citations sont à lire sur les murs, comme celle-ci : « What we see depends mainly on what we look for. » (John Lubbock). Ou « L’art est un état de rencontre. »(Nicolas Bourriard)… Ainsi, par la grâce d’une visite d’exposition, le visiteur verra son regard se transformer et une poésie prégnante lui remplir le cœur. Que du bonheur !

  • Distant Proximity
  • Centrale for contemporary art
  • 44 place Sainte Catherine
  • 1000 Bruxelles
  • Du mardi au dimanche de 10h30 à 18h00
  • Jusqu’au 8 juin

 

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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