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Expos

Pourquoi ce n’est pas kitch

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Un couple de retraités est assis sur un banc. En short, chemise à fleurs pour elle, polo imprimé ligné pour lui. Les bras posés sur les cuisses, le visage fatigué, les yeux dans le vague. Entre eux le sac de Madame, comme un lien. Ils sont fatigués, pensifs, étrangement solitaires.

Dans une poussette un bébé de deux ans dort, son biberon tombé sur l’épaule. Le visage rouge, les yeux gonflés, une moue concentrée. Ne faites pas trop de bruit, il risque de se réveiller.

Elle est massive, boursouflée, en uniforme vert émeraude, armée d’un plumeau à poussière, elle pousse son chariot rempli d’accessoires de nettoyage. Elle est fatiguée, la technicienne de surface black. Elle aimerait avoir fini sa journée.

Il est solitaire (forcément), le cowboy entre deux âges. Il boit sans doute trop, a le teint rouge, la chemise ouverte. Il se tient comme un homme, un vrai, les pouces coincés dans les poches de son jean….

unnamed-6Etranges, touchants et inquiétants sont les personnages qui peuplent le musées d’Ixelles.  Ils semblent tout droit sortis de la vraie vie aux States. Réels mais immobiles. Leurs vêtements légèrement passés de mode, légèrement poussérieux nous donnent un indice, pourtant. Croisés au détour d’une exposition collective, comme cet été à la Biennale de Venise, ils nous surprennent, on s’y cogne presque. Ici, c’est l’ensemble qui est bluffant.

hanson1-233x300C’est la fondation Duane Hanson qui est venue installer les oeuvres dans le bel espace du musée. Duane Hanson (1925-1996) est un sculpteur américain qui très jeune pratique l’oeuvre en volume avec différents matériaux comme le bois, le polyester, le bronze. A partir des années 40, il est confronté à l’expressionnisme abstrait qu’il tente… Le Pop Art et ses représentations littérales des sujets et objets du quotidien lui ouvre une voie vers le réalisme. “Je suis allé à l’école et ai entendu qu’il fallait être moderne… Je ne me suis réellement animé que lorsque le Pop Art a rendu sa légitimité au réalisme.”, disait-t-il.

Dès lors, il réalise plus de 140 sculptures hyper réalistes de figures humaines… Chacune est une mise en scène issue de l’environnement proche de l’artiste. Hanson choisit ses sujets avec soin, touché par la profonde humanité blessée qui s’en dégage. “Le sujet que je préfère est lié aux types américains des classes moyennes et populaires actuelles. Pour moi, la résignation, le vide, et la solitude de leur existence montrent la vraie réalité des gens.”, expliquait-il

Le processus de fabrication est illustré à l’étage du musée. Pratiquant le moulage sur modèle, Hanson transformait souvent les visages, pour les rendre anonymes. Coulé, reconstruit, le sujet est peint de manière hyperréaliste. Hanson pigmente la peau, ajoute des taches, des veines bleutées… Ensuite, il l’habille, tentant de contruire l’image descriptive, le look qui illustrera ce que le personnage a à dire sur lui-même.

Face à ces sculptures, un malaise s’installe. Ces personnages nous montrent sans fard la solitude et les doutes qui les habitent, leur profonde fragilité. Et par là, nous renvoie à la nôtre. Ca pourrait être kitsch. Ca ne l’est pas. C’est profondément humain. Ne manquez sous aucun prétexte cet étonnant atterrissage hyperréaliste dans la belle commune d’Ixelles.

  • Duane Hanson
  • Sculptures of the American Dream
  • Musée d’Ixelles
  • 71 rue Jean Van Volsem
  • 1050 bruxelles
  • Jusqu’au 25 mai
  • www.museeixelles.be

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À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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