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Galeries

Jeteuse de sorts

vue d'expo gurdun kampl - 14En velours rouge foncé, les poupées vaudou de Gurdun Kampl forment un ensemble assez détonnant sur les murs de la galerie Valérie Bach. Croisement entre arts appliqués et art tout court, elles sont toutes faites de la même matière : un velours rouge foncé, sensuel tant par sa texture que par sa couleur. Chaque poupée est relevée d’épingles piquées dans la matière et qui tracent des détails supplémentaire : une ébauche de visage, la ligne d’une série de boutons.

L’une a le visage en forme de cœur, un bras un peu tordu qui fait comme une volute, le corps dansant, une longue queue. L’autre a quatre jambes et deux bras, on dirait une pieuvre. Mêlant formes enfantines ou résolument maladroites, tissu, coutures et relief de la forme rembourrée, l’artiste autrichienne née en 1964 présente de manière très expressionniste les silhouettes qui peuplent les tréfonds de son inconscient. Elle « joue à la poupée » avec des pieuvres, araignées, cœurs, serpents qui forment un magma fantasmagorique et inquiétant. Ca parle de peau, de féminité, de peurs primaires, de sang, d’effroi. Intimité et érotisme s’impriment en creux dans cette œuvre extrêmement graphique qui s’apparente, par son mode d’expression, à l’art brut ou outsider. C’est la faille vers un trouble psychologique qui se donne à voir ici.

De nombreuses femmes artistes ont utilisé et utilisent encore la couture et le textile pour donner forme à des œuvres qui mettent en tension une pratique millénaire : la couture et une expression très actuelle de l’art. Loin de la peinture à l’huile, de l’aquarelle, ou autres médiums classiques, cette confrontation avec un matériau issu du quotidien crée une atmosphère très particulière. Gudrun Kampl joue aussi à jeter des sorts. Dans ce contexte clos, tourmenté et psychiquement trouble, tout s’y trouve pourtant mou et doux, comme dans le boudoir d’une héritière austro-hongroise, encore marqué par la tradition ottomane du velours de soie.

  • Velvet Skin
  • Gudrun kampl
  • Galerie Valérie Bach
  • 6 rue Faider
  • 1060 Bruxelles
  • Jusqu’au 22 février

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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