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Expos

Pourquoi c’est moderne

prev_13203_img1« Saint Casilda » penche la tête vers vous, son regard noir légèrement inquisiteur vous transperce. D’un geste gracieux des bras, elle relève sa jupe de riche brocard rehaussé de fils d’or. Le temps d’un regard, elle s’apprête à partir…

Cette peinture fait partie d’une série de portraits que Francisco di Zurbarán (1598-1664) réalise pour le marché des colonies. Zurbarán a décrit d’une manière unique l’esprit de la société espagnole de la première moitié du 16è s., sa culture de la symbolique visuelle, sa profonde religiosité et le rôle de la peinture comme moyen de transcender le réel pour devenir un lieu de connaissance et de reconnaissance. La peinture de sujets religieux au 16ème s. était un outil pour donner à voir les épisodes instructifs de la Bible aux croyants illettrés. Leur style devait être direct, simple et clair. Pourtant le langage stylistique de Zurbarán est unique. Il mêle naturalisme, sensibilité et poésie. Ses toiles surprennent par leur grande modernité de traitement : simplification des formes, diminution des détails, arrière-fonds unis, un éclairage qu’on qualifierait aujourd’hui de cinématographique : le contraste entre ombre et lumière, – propre à la lumière du soleil à son zénith dans le sud de l’Espagne -, accentue l’effet dramatique et la concentration du regard sur les éléments essentiels du tableau. Le traitement de la perspective l’est aussi : Zurbarán ne cherche pas à représenter l’espace, il le dit avec quelques éléments, sans le rendre central dans la composition. Les personnages n’hésitent pas à échanger un regard avec le spectateur, plaçant celui-ci dans une position de participant à la scène. Ne cherchez pas de double lecture, il n’y a pas d’énigme dans les toiles de Zurbarán. La seule énigme pour le spectateur d’aujourd’hui pourrait être sa méconnaissance des sujets religieux. Ce qui est saisissant ici, c’est la grande modernité de la représentation du réel.

  •  Zurbarán
  • Bozar 23 rue Ravenstein
  • 1000 Bruxelles
  • Jusqu’au 25 mai

CARTE POSTALE parue dans Marianne Belgique le 8 février 2014

https://www.bozar.be/activity.php?id=13203

http://lu-cieandco.blogspot.be/2014/02/laet-frappee-par-un-fil-rouge-lexpo.html?spref=fb

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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