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Expos

Assemblages paradoxaux

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Prenez un ventilateur. Bricolez-le pour qu’il fasse tourner des lumières Led plutôt que du vent. Installez devant ce cercle de lumière une petite sculpture polychrome issue de l’art populaire indien. Ca y est, ça se tend. Cet assemblage paradoxal, notre oeil d’Européen s’en délecte. Qu’est ce que le cercle d’un ventilateur suggère? Une auréole? Et son ombre sur le mur ? Pourquoi ce personnage si reconnaissable de militaire indien ?  Et, d’ailleurs, pourquoi est-il si reconnaissable? Son turban? Sa moustache? Son oeil légèrement bridé ?

Johan Muyle a longtemps fait travailler les peintres populaires rencontrés lors de ses voyages en Inde. Ces peintres qui réalisaient les affichent de cinéma pour Bollywood et des panneaux publicitaires. Il leur a amené des photos de sa tribu (amis artistes, famille, collègues). Ces visages européens ont été reproduits à larges traits, avec force couleurs, ombres et reliefs, sur de hauts panneaux découpés. Aujourd’hui, ils occupent tout l’espace de la Centrale for Contemporary art, à la place Sainte Catherine. Chaque pièce s’allume au passage d’un visiteur, grâce à un capteur. C’est le cas de ce petit soldat indien. Les assemblages d’objets mécanisés et les installations monumentales de Johan Muyle interrogent notre identité individuelle mais aussi culturelle. Qui suis-je, en 2013, devant cette oeuvre étrange, qui me fait voyager en Inde mais surtout au coeur de mon identité propre ? Je crois tout connaître, parce que Google, parce  que internet. Les artistes sont là pour proposer des compositions auxquelles je n’aurais pas pensé. A leur vue, libre à moi de rire, râler, m’amuser, ne rien comprendre. Les assemblages de Muyle posent un regard critique singulier, poétiquement distancié sur la condition humaine, la radicalisation des religions, la disparition des utopies collectives, l’impermanence des choses  et sur l’actualité. Elles allient vanité, carnavalesque et humanisme, s’inscrivant dans une longue tradition belge qui va de Rops à Marcel Mariën, en passant par Ensor. Enjoy !

  • Johan Muyle Indian Studio
  • Centrale for contemporary art
  • 44 place Sainte Catherine
  • 1000 Bruxelles
  • Du mardi au dimanche de 10h30 à 18h
  • Jusqu’au 4 février 

Carte postale parue en janvier 2014 dans Marianne Belgique

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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