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Galeries

Tenté par le totem

artnet-galleries-up-a-note-by-anthony-caro-from-galerie-daniel-templon-1385954898_bVous avez peur de l’art abstrait? Toutes ces lignes non descriptives vous laissent froid, vous agacent? Courez donc voir l’exposition du sculpteur anglais Anthony Caro, qui assemble des objets industriels trouvés en acier et bois en des puzzles puissants.

Né en 1924 à Londres, il sera l’assistant de Henry Moore. Il est mort fin octobre, alors qu’il venait de finir le projet d’installation de ses oeuvres dans la galerie Templon de Bruxelles. Toute sa vie, il se confronte à la forme. Cherchant l’équilibre, le sens des lignes au travers de la mise ensemble de formes et de volumes divers. De l’abstraction froide des années 60, il glisse vers quelque chose de plus narratif.  Ces dernières années, il ose suggérer des formes reconnaissables: une maison, un visage… A l’entrée de la galerie, une oeuvre gigantesque et majestueuse vous accueille. Cette grande sculpture d’acier et de bois semble s’être posée là toute seule, arrivée la nuit dernière. Un totem des temps modernes. Le voyez-vous, ce visage suggéré, à l’œil borgne, à la bouche tracée par la pelle d’un tracteur, au nez fort, qui  possède deux bras puissants lui conférant de l’assurance et deux pieds faits de bois de Jarrah (des traverses de chemin de fer faites en bois indien) ? Ce visage immense, dense, vous aspire avec beaucoup de force et de conviction vers l’intérieur de l’exposition. Un masque africain ou celui réalisé par un enfant. Découpées de manière imprécise comme des morceaux de cartons, les plaques d’acier gagnent en légèreté. « Up a note » a le regard vif, bien qu’il ferme un œil. La patine rouillée de l’acier confère à ce portrait effrayant un look vintage. Sans doute ce totem existe-t il depuis longtemps, portrait de nos contrées industrielles. Sa belle verticalité et sa fière allure sont augmentées par les vibrations de l’acier et du bois. C’est abstrait, certes. C’est comme un immense jouet, aussi. Mais ça se tient là avec force et puissance, interrogeant chaque spectateur sur : qu’est ce que c’est que de se tenir debout, droit, fort, l’œil ouvert sur le monde.

  • Galerie Daniel Templon
  • 13 A rue Veydt
  • 1060 Bruxelles
  • Jusqu’au 21 décembre
  • Du mardi au samedi de 11 à 18h.

Paru en décembre 2013 dans Marianne Belgique

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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