you're reading...
Galeries

Relique d’un monde perdu

DLC_STATIONS_SHELL_FNL_06B10002David LaChapelle est ce photographe américain qui crée des images de mode ultra bling et ultra reconnaissables.  Femmes aux seins refaits, hommes body buildés les peuplent. Sexe, corps nus, érostime exacerbé, violence sournoise s’y déploient. Images crues d’une hyper réalité telle que la voit le photographe. Que  ses photos soient pour la mode ou composantes d’une démarche plus personnelle, elles ont en commun un grand sens narratif. L’artiste y raconte quelque chose, une histoire est en train de se dérouler. La fascination du spectateur vient de ce conte entraperçu.

Voici une station essence. C’est une maquette en carton. Tous  les détails s’y trouvent, même les éclairages. Elle est posée sur les mousses luxuriantes des Rain Forests de Maui. Vie puissante des végétaux d’un vert profond: fougères, plantes grimpantes poussent sans discontinuer. Etrangement de guingois, figée, cette construction irradie la beauté presque obsolète de la modernité. Comme un temple commun à tous les habitants de la terre, depuis l’avènement de la révolution industrielle. Qu’adviendra-t-il de cette station essence quand le pétrole sera tari? Dans mille ans, les restes de cet édifice utilitaire sans charme sera-t-il l’objet d’analyses historiques? Sera-t-il vu comme une relique d’un monde perdu?

Une maquette de carton, posée sur un sol couvert de plantes: fragilité et impermanence de ce bricolage face à la nature qui sans cesse se renouvelle. Une station essence: image forte, accompagnée de son logo: le pétrole, la puissance, l’argent… face à la tranquilité de la forêt tropicale. Une forêt en danger, on nous le dit, mais à cause de cette ridicule petite construction?

Cette série de photos de David LaChapelle ne milite pas pour l’écologie. Ce serait trop simple. C’est une présentation des faits tels qu’ils sont. On admire ces photos pour leur beauté première, l’équilibre pictural de leurs couleurs, la composition et la tranquille ironie qui s’en dégage.

  • David LaChapelle
  • Maruani & Noirhomme Gallery
  • 17 rue de la Régence
  • 1000 Bruxelles
  • Jusqu’au 25 janvier

Paru en janvier dans Marianne Belgique

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :