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Expos

Mon fils de 3 ans dessine mieux!

1476349_10152084649334486_1337126681_nUn nuage rose sur un fond presque blanc. Flottant en haut à droite d’une grande toile. Tracé au pinceau, en larges cercles vifs et souples. Un dessin d’enfant? Est-ce que la simplicité frontale du motif, la couleur joyeuse et les traits imprécis sont le fait d’un enfant? Le peintre se moque-t-il du spectateur? Mais alors, pourquoi est-ce que je m’arrête devant cette toile de 1 x 1,2M accrochée aux cimaises du Wiels?

Venu de la poésie, le belge Walter Swennen, né en 1946, se met à la peinture dans les années 80.  Tout d’abord, il trace au pinceau les mots de ses poèmes, utilisant la couleur pour les faire baver sur la toile. Il joue avec la matière formelle des mots. Leur signification devient secondaire. Plus tard, il s’inspire de tout ce qui fait son quotidien pour produire une peinture dite vitaliste. Les personnes de bande-dessinée, des motifs banals et naïfs trouvé autour de lui peuplent ses toiles. Le sens n’importe pas, et Swennen tâche de n’y mettre aucune émotion. Il s’agit de trouver le plaisir du geste laché, qui marque la toile. Sans pensées, maniant les couleurs, il peint des motifs éclectiques, comme choisis par hazard,  flottant sur un fond travaillé comme une toile abstraite. Narratives, ses oeuvres se tendent entre représentation visuelle graphique spontanée, frontale et tout un monde d’imprévus et d’imprécisions. Le geste de la main, vivifiant et dansant, n’est pas sans rappeler sur certaines toiles les interrogations chromatiques de Cy Twombly

Alors, ce nuage rouge, facile? Essayez, pour voir. Car chez ce peintre, chaque toile est un petit caillou blanc sur la route quotidienne de sa créativité. Chaque jour il se remet au travail, interrogeant la couleur et le geste. Picasso disait: “J’ai mis toute ma vie à savoir dessiner comme un enfant.” Pour Swennen, c’est le même chemin: désapprendre le geste académique, littéraire, descriptif, pour donner au pinceau une liberté qu’on pourrait qualifier d’enfantine. Une belle complexité sourd de ce tableau, car sous le poétique et naïf nuage rouge, se dit toute une vie d’artiste et d’homme.

  • Walter Swennen: So Far So Good
  • Wiels
  • 354 av. Van Volxem
  • 1190 Bruxelles
  • Jusqu’au 26 janvier 2014

Paru en janvier 2014 dans Marianne Belgique

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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