you're reading...
Expos, Marché

Graffiti syncopé

8853_Circus_Vomit_Mostly_Pink(c)Basquiat-ArtcurialMené par une révolte adolescente, une quête de sens, une colère et la syncope produite par les substances illicites qu’il prend, dès 16 ans, Jean-Michel Basquiat (1960-1988) commence à graffer les murs de sa ville, New York. Né à Brooklyn d’un père haïtien et d’une mère porto-ricaine, il aura une carrière de peintre fulgurante et brève, puisqu’il meurt à 28 ans de ses trop nombreuses addictions.

Pourtant, il sera, au même moment que Keith Haring, l’un des initiateurs de l’art du graffiti. A 21 ans, il expose en solo. A 22 ans, il est connu des conservateurs et des collectionneurs américains, mais aussi en Europe, au Japon. Flamboyant, hyper médiatisé (il suffit de voir le nombre de photos de lui disponibles sur Google), attentif à son image, sans doute assoiffé de reconnaissance, il produira à l’arrachée durant sa courte vie plus de 800 tableaux et 1500 dessins. On y trouve mêlé son goût pour les arts primitifs (masque africains, océaniens), la récupération des images graphiques qui servent de décor aux rues : panneaux de signalisation, affiches publicitaires, ainsi qu’un expressionisme violent et archaïque. Le Scat (sorte de jazz vocal) rythme sa production. Le mot écrit est important dans ses compositions. Il mixe et assemble les éléments qui l’entourent et l’inspirent.

Pour « Circus Vomit Mostly Pink », Basquiat  monte d’abord la toile sur des lattes de bois récupérées. Abruptement. Ensuite, la couleur sort directement du tube, pure. Pas de mélanges. Il trace des éléments de graffiti en un assemblage qui hurle, littéralement. Se télescopent un cœur, une croix, le mot « black », central, des couronnes, des coulures de noir, de bleu. La couleur compose, structure la toile : beaucoup de rouge, le noir qui cerne, du jaune.  C’est dansant, syncopé, musical, violent. Aujourd’hui, son geste puissant, unique, rageur, fait le miel de nombreux collectionneurs.

  • 10 Basquiat
  • Artcurial
  • 5 av. Fr. Roosevelt
  • 1050 Bruxelles
  • Du lundi au vendredi de 10h à 18h, samedi de 11h à 18h
  • Jusqu’au 13 février

Carte postale parue en janvier 2014 dans Marianne Belgique

MAIS ENCORE…

8755_Untitled_Self_Portrait(c)Basquiat-1984Basquiat est un artiste qui émerge au milieu d’une culture centré sur l’Art conceptuel (Carl André, Donald Judd font les belles heures du minimalisme). A contre-courant, Basquiat se nourrit de la rue, des Arts premiers, d’expressionnisme. Il  choisit de déployer son quotidien : le melting-pot de nationalités à Brooklyn, là où il vit, son goût pour le graphisme.

Ce qu’il trace semble un griffonnage aléatoire, désinvolte, répétitif, sans sens, menaçant. Sans paraître y toucher, au travers d’un répertoire iconographique incongru (qu’on retrouve aussi chez Keith Haring), il donne l’impression d’être dépourvu de talent. C’est au travers d’une incohérence apparente du geste, d’un goût pour le mélange des genres, qu’il trouve sa voie. C’est formidable de voir qu’à 22 ans, il n’est pas tombé dans le piège de l’académisme, de l’amateurisme, du sarcasme ou de l’ironie. En effet, ses toiles, bien que violentes, hurlantes, frontales, produites sous l’influence de psychotropes, sont aussi merveilleusement naïves et pures d’intention. On pointe, à l’étage, une spectaculaire « Call girl » dont la puissante composition en fait une œuvre classique.

« Il faut un recul de 20 ou 30 ans pour voir ce qui est de l’ordre du talent. J’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui ont le nez fin et collectionnent dès le début des artistes comme Basquiat. Ils ont été très inspirés, car la cote de l’artiste est aujourd’hui exceptionnelle. En raison de la qualité de son travail, mais aussi du nombre limité d’œuvres produites. », explique Francis Briest, co-président  d’Artcurial.

On pointe des similitudes avec le parcours bref et dramatique du redoutable dessinateur et peintre belge Stéphane Mandelbaum (1961-1986).

« Les 10 toiles ou dessins à voir à la salle de vente Artcurial ne sont pas à vendre. Il s’agit d’une exposition culturelle, organisée autour de la Brafa. Aujourd’hui, toutes les informations sont disponibles immédiatement sur la toile », poursuit Francis Briest. « Pour cristalliser l’attention du public, il est utile de se greffer sur un événement comme la Brafa, très médiatisé et très visité. »

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

Discussion

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: Mu-inthecity | Les blogs à part - 27 janvier 2014

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :