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Expos, Lieux d'Art

Une année au nord

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Cela fait un an que le grand navire argenté du Louvre a atterri à Lens. Un bel ovni, complètement identifié, au milieu de ce pays de terrils et de petites maisons ouvrières. Ce qui frappe dès l’entrée dans le bâtiment, c’est l’espace énorme et la lumière qui entre à flots, par les baies vitrées et par les claustras du toit, vitré, lui aussi.

Louvre-Lens-interieur-930-620_scalewidth_630Dans la galerie du temps, l’accrochage semi permanent, permet une plongée dans l’histoire de l’art (majoritairement européenne), une illustration par la peinture, la sculpture et quelques pièces d’arts décoratifs de nos racines communes. C’est une délectation de passer d’une statuette des Cyclades, qui a bien évidemment inspirée Brancusi, aux gracieuses postures des marbres grecs et romains. Puis de plonger dans les délices des chairs rosées du “Roi Ixion trompé par Junon, qu’il voulait séduire », de Rubens. Et de terminer avec une des 15 œuvres qui ont été renouvelées dans la galerie : « Œdipe explique l’énigme du Sphinx » de Ingres. On y ajoute un gisant médiéval, un sarcophage égyptien, quelques belles toiles 18ème… Une présentation transversale, très didactique, qu’on ne boudera pas, bien que ne remplaçant pas la visite répétée du Louvre à Paris.

Les Etrusques

imagesDans l’espace exposition temporaire, s’ouvre aujourd’hui pour 4 mois « Les Etrusques et la méditerranée », une plongée dans le résultat de près de 200 ans de fouilles d’un site à quelques kilomètres de Rome. Cerveteri, Caisra pour les Etrusques, Caere pour les Romains, Agylla pour les Grecs, était une ville étrusque puissante, forte de son port, Pyrgi, de son commerce. Dès le 8ème s. avant J.C., Cerveteri noue des liens avec la Grèce et l’Orient, exportant son huile et son vin et important l’art grec. Elle développe un artisanat prospère, en particulier dans le domaine de la terre cuite et de la peinture. Cerveteri était respectée par les Romains, car on y maîtrisait l’art de l’écriture et de la littérature. Ceux-ci y envoyaient même les jeunes s’y former.

Dès le 3ème s. avant J.C., cette cité sera victime de la politique expansionniste de Rome, qui en fait une des provinces de son empire, gardant le nom d’Etrurie, devenue aujourd’hui la Toscane.

200 ans de fouilles

003La redécouverte des grands sites étrusques se fait à partir des années 1820. En partie grâce au prince Torlonia, propriétaire des terres sur lesquelles on découvrit la ville étrusque. Tout au long du 19ème, les fouilles se multiplient. Des gravures et des livres sont publiés sur ces débuts de l’archéologie moderne. Les fouilles réalisées par le marquis de Campana, riche amateur, pas toujours très honnête, dit-on, ont fourni au Louvre sa riche collection.

L’exposition est construite de manière chronologique. C’est à dire qu’on présente d’abord les pièces les plus anciennes, mais les plus nouvellement trouvées, puisque issues des couches plus profondes. Objets votifs, objets du quotidien, bijoux, vases, sculptures et bas reliefs garnissant les temples, il y a plus de 400 objets à admirer. C’est au travers des tombes, fouillées depuis plus de cent ans, des monuments funéraires, mais aussi des restes de temples, des lieux de rassemblement, des habitations de Cerveteri qu’on a pu comprendre de manière globale l’organisation sociale, administrative, culturelle et religieuse des Etrusques.  C’est en effet un des sites les plus complets de cette période et on continue à y faire de précieuses découvertes, comme, cette année, une paire de lions en pierres qui se trouvaient devant une nécropole.

Durant l’âge d’or de Cerveteri, au 5ème s. avant J.C., la ville s’organise sous la forme d’un corps politique civile, effaçant le pouvoir des grandes familles aristocratiques. C’est une cité-Etat indépendante, dotée de magistratures assurant le bon fonctionnement de la vie publique, d’une vie religieuse organisée, avec des sanctuaires et des temples. Les espaces urbains sont clairement définis, pensés pour la communauté.

Quelques pièces remarquables

104597_1387192488_louvre-lens-etrusquesAu fil de l’exposition, on découvre de nombreuses pièces de céramique, comme ces têtes polychromes, qui garnissaient un temple, des vases, et des plaques de terre cuite peintes, spécialité de la ville. On y voit la première pratique de peinture sur une surface plane. La pièce maîtresse est le « Sarcophage des époux », sublime composition de terre cuite peinte. Sur son couvercle, un couple est allongé sur un lit de banquet. Le banquet était une pratique festive de la haute société. L’homme, torse et pieds nus, est souplement allongé à l’arrière du lit. Son épouse, les pieds recouverts de fines chaussures lacées, habillée d’une robe drapée, sert un peu de parfum à son époux en un geste gracieux des deux mains. Les visages aux yeux en amande, les cheveux tressés, les sourires énigmatiques font oublier qu’il s’agit d’une pièce funéraire.

Des vases peints sont illustrés d’épisode de l’épopée d’Ulysse, confirmant les échanges culturels avec la Grèce. Une sépulture circulaire est reconstituée. A l’intérieur, sont présentés des films sur les nombreuses nécropoles de Cerveteri. Du temple de Manganello, on a extrait de nombreuses pièces votives en terre cuite: pieds, mains, tête, sein, phallus, déposés là pour assurer au donateur guérison et santé. Bien menée, cette exposition a été l’occasion pour les chercheurs internationaux de faire le point sur leurs travaux. Pour le visiteur, c’est l’occasion d’approfondir la connaissance de cette civilisation raffinée.

  • Les Etrusques et la méditerranée
  • Louvre-Lens
  • www.louvrelens.fr
  • Jusqu’au 10 mars 2014

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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