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Galeries

Un Belge – Des Chinois

Un Belge

img_5367Jean Milo (1906-1993) est un des artistes majeurs de la scène artistique belge du 20ème siècle. A vingt ans, il devient directeur adjoint de la mythique galerie bruxelloise Le Centaure, qui a acceuilli tant d’artistes exceptionnels. La même année, il expose ses peintures pour la première fois. Il rédige des chroniques artistiques pour diverses publications, ouvre sa propre galerie durant quelques années. Membre de « La Jeune Peinture belge » en 1946, il crée en 52 le groupe « Art Abstrait » avec Jo Delahaut. Il aura l’occasion d’exposer en solo au palais des Beaux-Arts, mais aussi à la Biennale de Venise, et aura droit à une rétrospective de son œuvre en 1986, aux Musées Royaux des Beaux-Arts.

Peintre prolifique, il a dépassé la figuration dès les années 50, se laissant tenté par l’abstrait. Ce sont principalement ses toiles abstraites que présente la galerie Group 2 actuellement, en une sorte de petite retrospective. En hommage à Mozart, Milo peint « La flûte enchantée », une série de lignes verticales colorées, semblant du papier déchiré, dans des tons de bleu délavé, rehaussé de jaune. L’encre noire, posée à la plume, griffe le papier, ajoutant un rythme. Peindre en musique, se laisser emporter par le propos lyrique de Mozart semble une évidence pour le peintre.

Dans sa période « Jeune Peinture belge », il réalise un magnifique éloge au « Culte du vin ». Sur un fond vert tendre, les éléments sont suggérés en un trai dansant : cruches antropomorphes, grappes et feuilles de raisin, une volée d’escalier, quelques feuillages. C’est l’évocation d’une après-midi sous les branches d’un arbre, sur une terrasse ombragée, à déguster un verre de vin. On sent la douceur de vivre, la joie, le partage, l’amitié et le plaisir d’un vin goûteux.

  • Jean Milo
  • Galerie Group 2
  • Bruxelles 

Des Chinois

urlLes amateurs d’art chinois ont déjà pu découvrir Xu Zhen au SMAK à Gand, lors d’Europalia Chine, il y a 4 ans. Travaillant aujourd’hui en collectif, sous le nom de MadIn Company, Xu Zhen fédère autour de lui 20 collaborateurs. Cette créativité en essaim, une tendance qu’on retrouve chez de nombreux plasticiens aujourd’hui, permet une mise en abyme des objectifs artistiques de chaque membre du collectif, pour arriver à un message commun qui a gagné en universalité. La synergie de MadeIn Company n’est pas sans rappeler la Factory d’Andy Warhol. Il exposera à l’UCCA (Ullens Center for Contemporary Art) de Pékin en janvier 2014.

A voir à la galerie Obadia trois grands tableaux constitués de parties tissées et rebrodées. Véritables répertoires iconographiques de la culture chinoise et occidentale, ces images formées de patchwork de tissus reprennent de nombreux éléments en reliefs, animaux, hommes en armes, yeux, paysages. On se retrouve devant la verve épique des grandes tapisseries de la Renaissance. Sensés être une critique de la société actuelle, ils semblent plus être une joyeuse réinvention des milliers d’images trouvées sur internet. L’humour, la dérision, le sarcasme, la phrase répétée, mais aussi, le plaisir de l’assemblage des éléments en volume, faits de tissus irisés, colorés, tout cela se mêle pour créer un ensemble qu’on pourra comprendre comme ultra kitch, ultra fun, ou ultra expressif. En réponse aux tableaux, quatre grands totems noirs, hiératiques sculptures de près de 3M de haut, ressemblant à s’y méprendre à des totems dogons, sont taillés dans une mousse syntéhtique noire, dense et légère. Chaque totem est surmonté d’un chapeau colonial : casque, casquette… Une étonnante découverte. Courez-y.

  • Xu Zhen by MadeIn Company
  • Galerie Obadia
  • Bruxelles

La moitié seulement de cette chronique est parue en décembre 2013 dans L’Echo.

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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