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Galeries

Se confronter à la forme

Anthony Caro est décédé fin octobre alors qu’il venait de finir le projet d’installation de ses sculptures monumentales à la galerie Templon de Bruxelles. Il avait 89 ans. Né en 1924 à Londres, il a été l’assistant de Henry Moore. C’est avec lui qu’il découvre le modernisme. Il délaisse alors la sculpture figurative – dans laquelle on retrouve très clairement l’influence de Moore et son traitement du corps féminin -,  pour pratiquer un art abstrait, une confrontation de formes et de matières intensément renouvelée au fil des décennies. Il manie des objets industriels trouvés : pièces de métal, engrenages, plaques, segments et pièces de bois : traverses de chemin de fer…

4116Son oeuvre a évolué, dans une liberté totale, de la ligne radicale des années 1960 vers des variations plus narratives et figuratives. « Maintenant que faire de la sculpture abstraite n’est plus un obstacle, je me sens libre d’explorer une étendue de possibilités », explique-t il en 2010.

Et le voilà donc hanté par la figure, tenté par le totem. Caro s’empare toujours d’éléments trouvés, pour les assembler en un puzzle riche de sens et dégageant de fortes vibrations, mais il y suggère une forme que nous pouvons reconnaître. Rendant ainsi la sculpture plus « aimable ». C’est le cas de la majestueuse pièce d’acier rouillé et bois, haute de 2M50, qui vous accueille au seuil de la galerie. Totem des temps modernes,  ce visage suggéré, à l’œil borgne, à la bouche tracée par la pelle d’un tracteur, au nez fort, possède deux bras puissants qui lui confère de l’assurance et deux pieds faits de bois de Jarrah (des traverses de chemin de fer faites en bois indien). Ce visage immense, dense, vous aspire avec beaucoup de force et de conviction vers l’intérieur de l’exposition.

images-1De petites pièces de la série « Houses », en laiton et bronze, sont des évocations de l’espace du home. Les pans de murs, les arrondis, les angles droits invitent à revivre l’expérience intime de la maison, comme excroissance de notre corps. Installé sous ce toit suggéré, contre ce mur de laiton poli, le sentiment de protection, de nid se trouve ravivé. On y voit bien sûr l’influence historique du cubisme de Picasso, mais aussi la puissance d’un artiste qui a passé sa vie à se confronter aux formes. On imagine sans peine que l’enseignement qu’il a donné à St Martin’s School of Art in London de 1953-1981 a dû être puissamment nourricier pour de nombreux artistes. Une référence.

  • Galerie Daniel Templon
  • Bruxelles

Paru en décembre 2013 dans L’Echo

 

 

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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