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Galeries

Bang bang

urlUn bouillonnement, des couleurs pétantes : rose presque fluo, bleu turquoise, rouge. Un magma de formes émergeant au milieu d’aplats nets. Des organes ? Des vulves, des viscères ? Peut-être.

Etrangement joyeuses, les toiles de Sue Williams présentent au premier regard un aspect pop, frais et amusant. Quand on s’en approche, c’est autre chose. De l’ensemble de formes abstraites toutes en courbes sortent ici et là des détails descriptifs. Le trait devient là proche du cartoon. Sue Williams est une artiste américaine née en 1954, qui vit et travaille à Brooklyn. C’est l’une des artistes féminines majeures dès les années 80 ; avec Barbara Kruger et Cindy Sherman.

Elle a très longtemps pratiqué une peinture figurative cathartique, qui parlait d’une histoire personnelle douloureuse. On y voyait des petites filles et des jeunes femmes en larmes, écartelées. Les peintures étaient souvent rehaussées de textes en écriture automatique. Tout sauf confortable à regarder. Puissant.

En 1993, elle commence à se détourner de la confession et progresse vers l’abstraction. La rage et la douleur personnelle qui étaient autrefois si évidentes semblent s’évaporer, une spontanéité et un bien-être émotionnel se dégagent des peintures, son sujet restant extrêmement sexuel. Sue Williams s’intéresse davantage à la possibilité de fusionner la représentation figurative et l’abstraction, combinant et glissant entre les deux sans limites de genres ou de perceptions. Comme une grille de lecture résiduelle, les allusions descriptives à la sexualité restent présentes sans être dominantes. C’est une lecture plus joyeuse, vive, le plaisir des associations de couleurs, une puissance, une légèreté qui se dégage de ses toiles. Toutes les douleurs semblent s’être transformées en fruits mûres de couleur vive, qu’elle a jeté sur la toile. Ces grands formats sont à découvrir dans les deux antennes de la galerie, l’une à Bruxelles, l’autre à Knokke.

  • Sue Williams
  • Maruani Noirhomme Gallery
  • Bruxelles
  • Knokke
  • Paru en novembre 2013 dans L’Echo

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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