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Lieux d'Art

On a rétréci le musée!

dsc_2943_frank_mahieu_1_web_fiche_large@2xC’est le galeriste Ronny Van de Velde, qui officie depuis la fin des années 70 à Berchem, qui a initié le projet Museum to scale 1/7’. Sans doute inspiré par les voyages de Gulliver ou les maisons de poupées du 17ème, il a demandé à près de 70 artistes belges de scénographier et d’occuper une salle d’exposition miniature, une boîte à 5 faces qui se présente comme une pièce de maison de poupées.

Suite logique de la boîte-en-valise de Marcel Duchamp, cette mise en boîte est une mise en abîme du musée dans le musée, puisque l’exposition se tient au Musées Royaux des Beaux-Arts. Au-delà de l’aspect ludique, l’oeil découvre que ce rétrécissement à 1/7’ donne à voir des aspects étonnants de la fonction muséale. Dans les années 30, Héléna Rubinstein avait une énorme collection de chambres miniatures, pour lesquelles des artistes comme Dufy, Braque, réalisèrent l’arrière-plan. On pense aussi à Alice, qui grandit et rapetisse en mangeant des biscuits magiques, ainsi qu’au cabinets de curiosités qui tentaient de contenir l’ensemble des choses connues.

Après quelques boîtes “collectives” présentant des ensembles thématiques et historiques dédiés au symbolisme, au surréalisme, au mouvement Cobra, aux arts abstrait et minimal, on découvre un large panel d’artistes belges qui ont chacun pris possession de cette boîte de manière plus ou moins originale.

Jouant à la poupée, certains présentent de toutes petites oeuvres accrochées au mur comme dans une vraie salle d’exposition. D’autres n’hésitent pas à faire exploser les proportions et à mettre en scène des éléments proprement gigantesques. D’autres utilisent tout l’espace comme une grande page blanche. Garder la puissance d’une oeuvre en tout petit format, un fameux challenge.

Chaque boîte est une oeuvre en soit, avec une ironie sous-jacente. Vouloir abriter le monde, fut-il le sien, est bien entendu une ambition mégalomane ou absurde. Malgré tout la réalisation à l’échelle réduite d’un objet monumental est aussi efficace aujourd’hui que l’étaient les cabinets de curiosités autrefois. Le visiteur n’est plus effaré par la taille des oeuvres, il les domine complètement. Sous la loupe de son regard, la salle et les oeuvres prennent des teintes savoureuses, accessibles. Le géant, c’est le visiteur. Il peut passer la barrière du respect et du sérieux qui prévaut à une visite au musée. Tel un enfant face à ses jouets, il pourra  contrôler la situation et faire dire aux oeuvres ce qui lui chante.

On pointe Arne Quinze, qui profite de l’espace pour déployer ses baguettes de bois peintes, le styliste Walter Van Beirendonck qui joue à la poupée,  Anne-mie Van Kerckhoven qui s’empare de l’espace comme d’une toile, Johan Muyle qui présente son atelier avec tous les détails, pots de couleur, pinceaux…, Michel François avec une toute petite version d “Instant Gratification” en bronze, Bram Bogaert, Jan Vanriet, Fred Eerdekens avec ses écritures au fil de fer, qui fait exploser les proportions, comme Helmut Stallaerts…  Benoît Van Innis, pour qui la boîte elle-même est le support de son trait. Walter Swennen, qu’on peut voir actuellement en plus grand au Wiels. Que du beau monde. On ne saurait trop vous recommander d’amener vos enfants faire la visite avec vous.

  • Museum to Scale 1/7’
  • Musées Royaux des Beaux-Arts
  • 3 rue de la Régence
  • 1000 Bruxelles
  • Jusqu’au 2 février
  • Du mardi au dimanche de 10h à 17h

Paru en octobre 2013 dans L’Echo

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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