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Expos

Un poète et un peintre

van_mieghem_foto« Mais je suis né, là-bas, dans les brumes de Flandre.
En un petit village où des murs goudronnés.
Abritent des marins pauvres mais obstinés. Sous des cieux d’ouragan, de fumée et de cendre. », écrit Emile Verhaeren. On croirait qu’il décrit un dessin de Van Mieghem, son contemporain.

C’est dans le musée consacré au poète qu’on peut découvrir une exposition d’Eugeen Van Mieghem (1875-1930), peintre anversois qui croqua la vie quotidienne flandrienne avec les mêmes accents que le poète, en un réalisme doux, tendre et triste. Il y a bien évidemment un ton fraternel qui lie les textes de Verhaeren et le regard triste et inquiet du peintre Van Mieghem, qui était un admirateur de la poésie de Verhaeren.

En 1892, Van Mieghem entre à l’Académie d’Anvers d’où il sera renvoyé par le professeur Siberdt, comme 10 ans plus tôt Vincent Van Gogh. Pendant un certain temps il travaille au port comme chargeur, mais malgré tout il continue à dessiner de manière complulsive. C’est la découverte des œuvres de Vincent Van Gogh, de Georges Seurat, de Constantin Meunier et de Henri de Toulouse-Lautrec, qui l’orienta vers l’art réaliste. Ses modèles et thèmes d’inspiration seront désormais le petit peuple gravitant autour du port d’Anvers. Il est aussi impressionné par l’œuvre tourmentée d’Edvard Munch qu’il avait découvert à Bruxelles en 1897. Lorsqu’il dessine, frénétiquement, le port, les docks, les marins et autre  petits métiers, Van Mieghem utilise des tons sombres, un trait au fusain, un flou aux noirs denses, une rage qui transperce presque le papier. Sa palette change et devient plus joyeuse quand il aborde des thèmes plus intimes, comme « Mère et enfant ». La misère et la détresse de la première guerre mondiale ne pouvaient pas le laisser indifférent. Il croque sur le vif et immortalise sur papier ou sur toile le flot de réfugiés et l’occupation de la ville.

L’exposition met en évidence les œuvres de la première période de l’artiste mais explicite aussi les sympathies de celui-ci pour le mouvement anarchiste et ses liens avec le milieu de la bohème artistique et politique de la Chapelle d’Anvers. En 2012, ce mal-aimé des Beaux-arts a eu sa rétrospective au Musée de Flandre à Cassel, dans le nord de la France.

Paru en juin 2013 dans L’Echo

 

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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