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Expos

Un maître

561157_ENLe smoking pantalon, du rouge avec du rose fuschia, le noir, les blouses transparentes, la saharienne, les broderies somptueuses, les inspirations artistiques : Mondrian, Van Gogh, ou de cultures lointaines : l’Inde, la Russie, la broche en forme de coeur, … Yves Saint Laurent avait un style parfaitement reconnaissable, qui a fait frémir de bonheur les femmes de toutes les générations. Une exposition s’ouvre à Bruxelles dans quelques jours et donne l’occasion de se pâmer encore une fois devant les coupes, les couleurs, le style impérial et l’extraordinaire sens de la ligne de ce grand couturier français. Apologie.

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Dans le 16ème, pour visiter les anciens ateliers de haute couture d’Yves Saint Laurent, rien de telle que son attachée de presse durant plus de 40 ans, Dominique Deroche,  qui nous raconte force détails. La maison de couture de l’avenue Marceau est devenue depuis 10 ans une fondation destinée à conserver et péréniser les créations du couturier. Ici sont conservés robes, tailleurs, chaussures, bijoux, chapeaux…  car dès les premières collections, Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, sans doute conscients de créer quelque chose de particulier, choisissent plusieurs silhouettes dans chaque défilé, et les conservent complètes, avec accessoires et chaussures. Aujourd’hui, elles sont  gardées dans des conditions muséales et prêtées de manière parcimonieuse pour des expositions.

On entre ici presque comme dans un mausolée, tant y transpire encore l’atmosphère qui a y a prévalu. Au rez, les salons où étaient reçues les clientes, à l’étage, le bureau du couturier. On y trouve encore la table étroite sur laquelle il travaillait, ses objets familiers et fétiches, les miroirs qui recouvrent un mur entier, les livres, les modèles en toile, des rouleaux de tissus. Ici travaillaient  plus de 6 personnes, dont la créatrice des accessoires Loulou de la Falaise. Les premières des 5 ateliers “flou” et des 2 ateliers “tailleur” venaient y présenter sur mannequin les toiles réalisées à partir des croquis du maître. Ensuite, elles revenaient avec les réalisations en tissu. Dans un film à voir lors de la visite, on découvre le mannequin qui défile le long des fenêtres, vers les grands miroirs. Yves Saint-Laurent ne regarde pas directement le modèle, il l’observe dans les miroirs. Tout le monde commente un tombé, une manche, un plissé…, la première d’atelier, qui a traduit l’inspiration de Saint-Laurent, attend  debout. Une frénésie, un pétillement.

Créée en 1962, la maison de couture Yves Saint Laurent est le fruit d’une collaboration entre le créateur et son compagnon, Pierre Berger, qui le soutiendra toute sa vie. Entièrement englouti dans sa création, le styliste devra une partie de sa réussite à la structure solide offerte par Berger, qui règle en coulisses les questions financières et pratiques.

Tu étais un personnage d’opéra, entre poignard et poison. Tu méprisais la bourgeoisie, tu n’avais de soin que pour ton oeuvre. Homosexuel impénitent, tu aimais les femmes, tu le revendiquais haut et fort.Tu ne t’es pas servi d’elles comme tant d’autres, tu les as servies. Tu as fait de ce métier futile, la mode, un fait de société. Quel dommage que ça ne t’ait pas rendu heureux! Tu as vécu avec des fantômes que tu as apprivoisés. La solitude qui te faisait si peur fut ton alliée la plus fidèle. “, écrit ce dernier dans ses “Lettres à Yves”, parues en 2010.

A partir de 1966, Yves Saint-Laurent lance le premier le concept de prêt-à-porter, pour rendre accessible ses créations à plus de femmes. Le succès est immédiat et fulgurant. Dominique Deroche raconte : engagée toute jeune, elle a d’abord été vendeuse dans la première boutique de prêt à porter. “Les clientes faisaient la file, on n’avait pas le temps de ranger les vêtements sur les cintres tellement il y avait du monde!”.

ysmf.ysl-exhibition-10Dans ces années 60-70, Yves Saint Laurent traduit en haute couture et en prêt à porter  les bouleversements de la société. Les changements qu’il introduit dans la représentation traditionnelle du corps social et dans les codes de la séduction féminine et masculine sont à l’origine des fondements du système vestimentaire contemporain. Saint Laurent place le style, l’attitude et la séduction au-dessus de la dictature des tendances. Aux injonctions traditionnelles de la mode, il substitue des propositions libres, en phase avec la vie, le mouvement et la place nouvelle occupée par les femmes dans la société. « Mon arme c’est le regard que je porte sur mon époque », disait-il.

Bruxelles

Une grande exposition Saint-Laurent s’ouvre dès le 30 janvier, à l’espace Ing de la place royale à Bruxelles. Florence Müller, commissaire de l’exposition, précédemment en charge de la Rétrospective Yves Saint Laurent au Petit Palais à Paris, lèvera le voile sur le couturier qui, dans les années ’60 et ’70, a jeté les bases de la mode féminine contemporaine. Au travers d’une centaine de pièces – dont plus de 80 encore jamais exposées à ce jour – elle nous fera découvrir l’homme qui a pressenti l’importance des mutations sociales de son époque et soutenu l’émancipation des femmes. C’est lui qui leur proposera le tailleur-pantalon, la saharienne, le smoking, le caban… autant de vêtements masculins qu’il détourne et féminise. Saint Laurent crée pour la femme émancipée qui travaille, voyage et revendique sa place dans la société.

4_18Des archives, croquis, planches de dessins, toiles, patrons, recherches de parures,échantillons de broderies, magazines, articles de presse, sortiront exceptionnellement des réserves de la Fondation Pierre Bergé-YSL pour éclairer l’alchimie de son style.

“…, même éphémère, cette oeuvre, , s’impose, va au-delà de celle d’un couturier, a été créée par un artiste à part entière, qui a bouleversé son temps en pénétrant sur le territoir social pour transformer les femmes. Certes son oeuvre n’est pas gravée dans le marbre mais elle a changé la vie des femmes, elle a renforcé leur pouvoir, les a rassurées et leur a permis de s’assumer. C’est ce qui s’appelle remplir le contrat offert par la vie.”, écrit encore Pierre Berger.

A la fin de sa vie, rongé par ses démons, Saint-Laurent est devenu difficile, fermé. Un dernier défilé en 2002, pour ses 40 ans de carrière, clôture un parcours éblouissant. L’exposition permettra de conceptualiser et d’analyser le travail du créateur, en explicitant son rôle dans la culture de son époque. Un rendez-vous plein de couleurs et loin de toute frivolité, à ne pas manquer.

  • Yves Saint Laurent, visionnaire
  • Espace Culturel ING
  • Bruxelles

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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