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Expos, Lieux d'Art

Sur cuivre, toujours

D’une gravure reprenant le dessin d’un premier artiste, qui tend à rendre visible au plus grand nombre les beautés culturelles du monde connu, on arrive à la gravure intime, médium particulier sous les doigts d’une graveuse particulière… Quel trajet que celui de cette technique, au fil des siècles.

url-1Hieronymus Cock fut l’éditeur de gravures le plus connu de son époque. Grâce à sa maison d’édition « Aux quatre vents », il mit sur le marché des gravures sur cuivre qui furent diffusées dans le monde entier et qui firent la renommée d’artistes comme Pierre Bruegel l’Ancien, Frans Floris et beaucoup d’autres. Bruegel dessinera des dizaines de gravures qui exerceront une influence persistante sur l’histoire de l’art aux Pays-Bas et en Europe. Ce sont plus de deux cents œuvres sur papier qui sont à voir dans les vastes salles de la partie contemporaine du musée M.

Cock engagea aussi les meilleurs graveurs pour reproduire les œuvres des maîtres italiens comme Raphaël, Andrea del Sarto et Guilo Romano. Les gravures italiennes étaient copiées par des dessinateurs envoyés à Rome. De leur voyage, ils ramenèrent encore des dessins des monuments et sculptures antiques. Contrairement aux éditeurs italiens, Cock choisit d’en montrer les traces de délabrement. Ensuite, ces dessins, dont on peut voir quelques fragiles exemples dans l’exposition, sont reproduits à la pointe sèche sur plaque de cuivre par des graveurs. Puis l’image est multipliée par le processus de la gravure et distribuée.

On peut dire que Cock est le précurseur du carnet ou du guide de voyage, et même du photo-reportage et de la bande dessinée ! Son travail d’éditeur a permis de rendre visible et accessible dans toute l’Europe un ensemble d’éléments artistiques majeures : dessins originaux, reproductions de sculptures, éléments d’architecture. On pointe « L’Offrande à Priapus », dont on peut voir le dessin préparatoire et la gravure finale, sur laquelle a été supprimée (censurée !) la silhouette d’une femme nue. Ainsi que les somptueuses scènes de chasse (1570) avec leurs bordures décoratives chargées de fruits, de fleurs et d’animaux. Plus loin, les « Petits paysages hollandais », qui donnaient une vision très moderne des paysages cultivés de l’époque.

  • Hieronymus Cock
  • La gravure à la Renaissance
  • M Leuven
  • Louvain

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Aujourd’hui, il ne s’agit plus de reproduire la réalité pour la donner à voir. La photographie s’en charge parfaitement. Les artistes peuvent s’emparer de la technique de la gravure pour donner à voir leur vision personnelle et intime.

Graveuse à la pointe sèche, Marthe Ansiaux (1914-2012 ), formée à l’Académie royale des beaux-arts de Liège, a fait donation de ses oeuvres au Musée des Beaux-Arts de Liège. C’est dans le cadre de la fête de la gravure que ce travail est à voir  au Musée d’Ansembourg, un hôtel particulier “dans son jus”, construit vers 1740 par un banquier.

Une grâce simple se dégage des gravures de Marthe Ansiaux, qui se nichent avec bonheur dans quelques coins de cette grande bâtisse pleine de stuc, de cuir de Cordoue et de boiseries sombres.

Gravant les objets du quotidien, Ansiaux essayait de rendre sa vision subjective d’un instant de tous les jours. Ainsi, deux piles d’assiettes, quelques pigeons, une boule de ficelle, des oignons, une petite plante… « Le noir et le blanc suffisent à tout dire, disait-elle. Voir les choses, les observer parfois longtemps, essayer de les sentir, de trouver leur sens et leur pourquoi, de graver tout cela, profondément, sur la plaque de cuivre qui attend patiemment, prête à recevoir tout ce qu’on lui apportera. Tout sujet, tout objet mérite d’être dit à condition d’en trouver le cœur. Ne faire intervenir aucun souci d’originalité, l’essentiel est d’être vrai et si possible de dire juste. » Ainsi rencontrait-t-on l’artiste en train de graver, une plaque de cuivre entre les doigts, sans recourir au dessin préalable.

  • Le sens des choses
  • La donation Marthe Ansiaux
  • Musée d’Ansembourg
  • Liège

Paru en mars 2013 dans L’Echo

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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