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Galeries

Ombres et lumières

C’est sur le thème du noir et du blanc que la petite galerie ixelloise spécialisée dans les multiples présente une sélection de graveurs et peintres.

On retrouve Félix Hannaert, dont on avait pu découvrir les méditations géométriques chez Duqué & Pirson en 2012. Ici, il n’utilise que du noir et du gris, sur papier calque, jouant des transparences de la peinture et du papier pour ses entrecroisements structurés et patients. S’y déploie un sens profond de l’équilibre des volumes, une rythmique presque musicale.

On découvre aussi les peintures de Dominique Fournal, dont les abstractions ressemblent à s’y méprendre à des magmas organiques originels et aquatiques.

prt02741Mention particulière pour les subtiles gravures d’Anne Dykmans, formée à la gravure à La Cambre, et qui manie la technique dite de la matière noire, qui demande un long et patient travail préparatoire de la planche, souvent du cuivre. Sa surface est grainée par de nombreux passages (les berçages). On obtient de cette façon une texture de petits points creux, entourés d’un léger  relief, qui donne une teinte veloutée, intense, caractéristique  de cette technique. Ainsi, les noirs des gravures d’Anne Dykmans son parfaitement mats et unis. Et le style de son dessin approche le rendu photographique. Petite mise en abîme, donc, quand on observe ces gravures : est-ce une photo retouchée, un dessin ? L’artiste s’applique à illustrer, à donner à voir les détails de son cadre de vie : une chaise prise dans un rayon de soleil, la sangle enroulée d’un store au bord de la fenêtre, la lumière à travers en store. Il s’agit de jouer sur les contrastes d’ombre et de lumière, d’en extraire le côté graphique. Le résultat n’est ni anecdotique, ni illustratif, s’en dégage une réflexion poétique et triste.

Ingrid Ledent est une graphiste anversoise formée à la lithogravure. Trois grands formats sont à découvrir ici. L’artiste mêle un travail préparatoire à partir de photos imprimées à l’imprimante. Ensuite, ce papier est passé sur la pierre encrée. Ingrid Ledent ne réalise qu’un exemplaire unique. Les traits répétitifs de l’outil sur la pierre se superposent à quelques images réalistes qu’on découvre après une observation attentive.

Philippe Dubit propose des petits dessins mystérieux, au pastel sur papier. On s’interroge sur leur sens et c’est comme si on s’attendait à une suite narrative. En l’absence de couleurs, l’œil peut sans frein plonger dans les pensées secrètes des artistes. A voir.

  • Noir et Blanc
  • Galerie XXL Art
  • Bruxelles

Paru en mai 2013 dans L’Echo

 

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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