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Expos

Le dernier atelier

23bisb10Le dernier atelier de Francis Bacon (1909-1992), Reece Mews à Londres, est resté intouché jusqu’en 1998. Son seul héritier décide alors de déplacer ce prodigieux fouillis vers Dublin, où il a été fidèlement reconstitué et est présenté au public depuis 2001.

Lors du transfert de l’atelier, les nombreux livres, magazines, journaux, pages déchirées, photos qui jonchaient le sol, formant un cocon presque maladif autour du chevalet supportant une dernière toile inachevée, tous ces documents ont été analysés. On a cherché les dessins oubliés entre deux pages, on a receuilli les photos pliées, coupées, déchirées, parfois rehaussées de feutre. Cette quête dans les “archives” visuelles de l’artiste a permis de mettre à jour une partie non sue de son processus de création.

A-t on une seule pensée qui se déploie sur plusieurs modes ou a-t-on plusieurs pensées qui coexistent dans notre tête? Cette question semble être le point central de ce qui se donne à voir de Francis Bacon dans l’exposition à découvrir à Bozar, sous forme de larges vues de l’atelier, de quelques toiles et d’extraits de cette masse iconographique. Ainsi, de nombreuses pages déchirées du livre de Muybridge, “The human figure in motion”, – déchirées, donc sélectionnées par Bacon -, sont exposées. Elles explicitent l’aspect “boucherie” des éléments mi-humain, mi-pièce de viande qui peuplent les toiles de l’artiste. Celui-ci semble en avoir extrait des morceaux de muscles, des parties de corps. D’autres images issues d’un livre médical sur les maladies de peau. Passionnantes aussi les photos de ses amis peintres, photographes ou amants (Lucian Freud, Peter Beard, …), qu’il a conservées, mais parfois pliées ou couvertes de taches de peinture. C’est une mosaïque instinctive qui donne à voir les évènements précédents et sans doute initiateurs de l’oeuvre peinte.

Sous le même libellé, “Changing Sates”, une sélection d’artistes contemporains irlandais, parfois un peu hermétiques, sont à voir dans les salles voisines, à l’occasion de la présidence irlandaise à la Communauté Européenne. On pointe les toiles de Brian Marguire, les installtions murales au fil noir crocheté de Katia Holten et le travail sur les mots de Gavin Murphy.

  • Changing States
  • Bozar
  • Bruxelles

 

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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