you're reading...
Expos, Lieux d'Art

En venir à l’abstraction

urlAlberto Magnelli (1888-1971), peintre florentin, comme il a désiré que ce soit gravé sur sa tombe, a travaillé principalement à Paris, où il a rencontré Max Jacob, Guillaume Apollinaire, Pablo Picasso, Fernand Léger… Entre nouvelle figuration et réalisme imaginaire, il surprend tout au long de sa carrière par l’évolution de son style coloré et personnel, mais toujours très ancré dans son époque.

Ce déploiement chronologique est parfaitement explicité dans l’exposition à voir aujourd’hui au Musée d’Ixelles. Les oeuvres des jeunes années, 1913 -14, annoncent les prémices de la liberté plastique des toiles postérieures. Ici, les sujets sont réalistes, mais pris dans un enchevêtrement joyeux de couleurs vives et de courbes. C’est extrêmement pétillant: “Les mariés”, “Nature morte à la fleur”, … les élements qui prennent vie sur la toile sont cernés de noir et ces traits structurent la composition.

Quelques années plus tard (1918), Magnelli n’a gardé que les traits. Il les “met en musique”, en joue en rythme, avec des rouges, des bleus et des jaunes puissants. Dans les années 30, le peintre revient à la figuration, avec des silhouettes affligées ou des roches (“Pierres”) dans des tons de gris et de bruns, comme annonçant le bouleversement de la deuxième guerre.

Alberto-magnelliA la question, “Pourquoi en êtes-vous venu à l’abstraction?”, Magnelli répondit: “Parce que la réalité me gênait. Arrivé à un certain point de fouillement d’un sujet, je me suis dit: mais tu peux inventer un tableau complètement.”

L’artiste revient donc à une abstraction complète, et ne la quittera plus, ajoutant des textures dans la couleur, vers 1950 et 60… C’est cet ajustement à chaque époque qui est assez étonnant à observer tout au long de la carrière du peintre. A voir aussi quelques exemples de ses collages sur papier à musique. On pointe “Tranquilité inquiète” de 1953, une toile traitée comme les collages: une zone claire, striée de traits noirs, est entourée d’une large surface bleue, disant l’inquiétude, l’enserrement. Quelle évolution et quelle cohérence à la fois, sur cette vie entière de peinture!

  • Alberto Magnelli, pionnier de l’abstraction
  • Musée d’Ixelles
  • Bruxelles

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :