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Marché, Portraits

Arty Art Brussels

art_brussels_2013Dans quelques jours s’ouvre la 31ème édition d’Art Brussels, la foire d’art contemporain que Karen Renders, décédée prématurément en octobre dernier, a dirigé avec brio durant quinze ans. Art Brussels est devenue une des foires majeures au niveau international. Et la ville de Bruxelles, un carrefour important et une étape obligée pour tous les collectionneurs. Karen Renders avait rencontré Katerina Gregos, commissaire indépendante, et émit l’idée que celle-ci prenne en charge la programmation artistique de la foire. C’est chose faite. Katerina Gregos occupe cette année le poste de directrice artistique. L’aspect commercial et financier est pris en charge par Anne Lafère, directrice des expositions, qui occupe ce poste pour l’ensemble des foires (plus de 20) organisées par Artexis tout au long de l’année. Comment s’inscrira cette démarche de direction artistique durant Art Brussels ? Comment éviter l’écueil d’une intervention purement cosmétique ?

Rencontre avec Katerina Gregos

imagesComment voyez vous votre collaboration en tant que directrice artistique sur une foire commerciale ?

Il s’agit d’une foire commerciale, en effet. C’est un challenge énorme que d’améliorer une foire. Il ne s’agit pas de la réinventer, mais de l’améliorer. J’aime ce challenge à la fois réaliste et utopiste. Ma première réflexion, c’est que ce format de foire est fatigué. Il existe plus de 200 foires internationales d’art contemporain dans le monde et elles fonctionnent toutes sur le même schéma. Les collectionneurs le connaissent par cœur. C’est un format « supermarché », avec un espace découpé en stands qui se succèdent. C’est d’ailleurs un format très fatiguant pour les visiteurs, qui ressortent toujours épuisés de leur visite. Comme l’offre internationale est aussi large, à Bruxelles, nous devons absolument avec un positionnement clair et stratégique. Il s’agit de se différencier. Je n’ai rien contre l’aspect commercial d’une foire. Une foire a le pouvoir de créer un flux entre les artistes, les galeries et les acheteurs. Cela fait circuler de l’argent et ça donne des moyens aux artistes.

Qu’avez vous proposé ?

Je crois que tout d’abord, nous devons travailler sur l’architecture de l’espace. On m’a engagée au mois de novembre 2012, c’était donc trop tard pour faire un travail général sur la mise en espace. Par contre, j’ai invité par courrier chaque galerie a essayé de revoir sa scénographie, pour faire de chaque stand une mini exposition. Nous avons aussi travaillé avec un duo, Tom Mares et Walt De Beeck, sur les espaces d’accueil et de repos, les VIP lounges, les bars et restaurants, les entrées. C’est là que se font les interactions sociales et précédemment ces espaces étaient assez interchangeables avec d’autres foires. Nous allons essayer qu’ils soient plus arty et plus relaxants.

Il y a une programmation artistique non commerciale assez large, adossée à la foire.

Oui, nous avons invité six espaces d’art bruxellois (Maison Grégoire, Etablissement d’en face, La Loge, Komplot, (Sic) et Institut Carton). Ce sont des asbl qui pour la plupart existent depuis longtemps et font un travail très pointu. L’idée étant de faire du lien avec le réseau artistique de Bruxelles.

Nous avons aussi un espace nommé The Stage, dont la forme architecturale a été créée par Tom Mares et Walt De Beeck. S’y dérouleront des débats, des rencontres, workshops et performances.

Autre chose ?

Souvent les vidéos des artistes, qui sont une partie très importante de l’art actuel,  sont peu présentent dans les foires alors qu’on peut les visionner dans les musées, les centres d’art ou les biennales. Nous avons donc prévu un espace, The Cinema, qui projettera ces vidéos.

Comment conserver la qualité actuelle de la foire ?

Les foires sont aussi bonnes que les galeries et que les artistes qui y participent.

Une bonne œuvre d’art, c’est une œuvre chère ?

Pas du tout ! Le prix est relatif, c’est le marché qui dicte le prix. Mais le marché ne prend pas en compte une grande partie de l’œuvre d’art. Il existe plein de mauvaises œuvres très chères et beaucoup d’œuvres extraordinaires qui ne sont pas chères. Le marché n’est pas objectif. Les Jeff Koons et Damien Hirst représentent 1% du marché. Le marché à de nombreuses strates et on trouve de très bonnes choses à tous les niveaux.

Comment sélectionnez-vous une œuvre ?

Ce n’est pas mon travail ici de sélectionner les oeuvres, mais je privilégie les œuvres d’art qui ont un contenu intellectuel riche. C’est à dire, qui demande à ce qu’on les regarde à plusieurs reprises et qui apportent une réflexion.

Art Brussels est d’ailleurs réputée pour les artistes émergeants qu’elle présente. Les visiteurs savent qu’ici ils peuvent faire des découvertes.

Si on vous donnait 100.000 euros, quelles œuvres achèteriez-vous ?

Une maison ! Je n’ai d’envie de posséder une œuvre, pas de désir d’accumulation. Je n’ai pas l’âme d’une collectionneuse. Ma richesse, c’est d’être tout le temps en contact avec les artistes, d’aller dans les ateliers, les centres d’art, les musées. « The less, the freer ». Je m’enrichis par les voyages, l’exploration, la bonne cuisine, un bon vin.

Une conclusion ?

A Art Brussels, j’ai essayé de mettre l’art à la première place. Le marché suivra. Si on ne s’occupe que du marché, c’est une vision à court terme. Le marché a la mémoire courte ! Une foire d’art c’est regarder et acheter, donc, il ne s’agit pas seulement d’argent, mais de voir des choses. Il y a un mouvement, une dynamique.

Katerina Gregos (1967), d’origine grecque, a étudié à  Londres l’histoire de l’art et la muséologie. Elle vit à Bruxelles depuis 2006. Elle y a dirigé jusqu’en 2008 le centre flamand d’art Argos. Commissaire indépendante, elle a notamment travaillé en 2012 comme co-commissaire pour Manifesta9, à Genk et pour Newtopia, à Malines, qui traitait de l’état des droits humains via l’art contemporain. Ainsi que, en 2011, pour la Biennale de Gothenburg en Autriche. Cette même année, elle a été commissaire du pavillon danois à la 54ème Biennale de Venise.

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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