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Lieux d'Art

Une histoire de famille

van haerents-08A deux pas de la place Sainte Catherine, à Bruxelles, se niche avec discrétion et flamboyance, derrière une discrète grille de métal noir, au fond d’une cour de béton, une remarquable collection d’art contemporain. Ouverte en 2007, cette initiative complètement privée est réalisée par la famille Vanhaerents.

Walter Vanhaerents est entré dans l’entreprise familiale à 19 ans, à la sortie de ses études secondaires. Spécialisée en développement et construction, Vanhaerents s.a. existe depuis 1925. Vanhaerents est devenue une large société qui se déploie sur deux axes : le développement immobilier, avec des projets résidentiels, des participations dans des projets publiques sur concours, et un projet de résidences pour personnes âgées, sur un tout nouveau modèle.  L’autre axe est celui de constructeur. La société, basée à Torhout, emploie 120 personnes, dont 80 ouvriers. Aujourd’hui, c’est le fils de Walter Vanhaerents, Joost, entré dans la société en 1992, qui a repris les rennes.

L’entreprise familiale

« Nous avons toujours eu un bon œil pour les détails, expliquent le père et le fils. Nous travaillons avec des architectes réputés et nous connaissions l’importance à porter aux détails et finitions. De plus, quand nous choisissons un lieu pour développer un projet résidentiel, c’est toujours avec l’idée que nous pourrions nous-mêmes y habiter. Une attention particulière est aussi donnée aux espaces verts. »

Ainsi, pour le centre culturel d’Ypres, qui comprend une large bibliothèque, la structure en béton, témoin du passé industriel de la ville, a été conservée et harmonieusement intégrée dans le lumineux bâtiment qui accueille la bibliothèque. Sur le site de l’hôpital militaire d’Ostende, qu’on aperçoit quand on longe la côte en tram, Vanhaerents s.a. a démarré le développement d’un projet résidentiel, sur concours. La réhabilitation de l’hôpital militaire d’Anvers, d’une ancienne usine de tabac à Menen, d’un vaste bâtiment à Anderlecht, etc… sont quelques-uns des nombreux projets portés à bout de bras par l’entreprise.

Une passion familiale

Habitués à travailler avec des architectes de renom, les Vanhaerents sont aussi des passionnés d’art contemporain. « Ca a commencé au début des années 80, quand j’ai eu l’occasion de participer à des voyages sur le thème de l’architecture organisés par un groupe d’architectes brugeois, Archipel. Nous sommes allées voir tous les nouveaux musées européens qui poussaient dans ces années-là. Dans ces musées, j’ai découvert les œuvres de Joseph Beuys, d’Adrian Ludwig Richter, etc… et ça a été un choc. J’ai commencé à collectionner de l’art dans ses années-là. » explique Walter Vanhaerents.

Sa collection s’est développée au fil des années et est devenue de plus en plus contemporaine. « On n’achète pas des œuvres dans les foires d’art contemporains, raconte-t-il encore. Mais plutôt dans les galeries, les musées ou les centres d’art et les biennales comme celle de Venise. Dans une galerie, on a l’occasion de voir plusieurs œuvres d’un même artiste et de comprendre sa démarche. J’ai eu, comme étudiant, un professeur d’esthétique qui nous parlait beaucoup de cinéma. Ca a été pour moi une porte d’entrée et de compréhension de la société. »url

Le virus de l’art contemporain a été transmis à ses deux enfants, mais diffuse aussi depuis des décennies dans l’entreprise. Ainsi, chez Vanhaerents sa, l’art occupe une place récurrente et transversale. Tout d’abord, à partir de l’obligation légale d’utiliser 1% à 1,5% d’un budget de construction publique à l’art. Cette obligation est mise en oeuvre via le choix d’un architecte de renom ou en commandant des œuvres in situ pour les nouveaux bâtiments (sculptures, fresques) à des artistes. D’autre part, un large nombre d’œuvres d’art parsème les bureaux de l’entreprise.

Mais encore, l’entreprise joue les mécènes au moment de certains évènements, comme « Track », à Gand, ou « Freestate », parcours d’exposition qui a investi le site de l’hôpital militaire d’Ostende  en 2006 et 2011. Le 2 juin s’ouvre à Gand le parcours d’art urbain « Track ». Pour son œuvre monumentale en béton dressée au pied de la cathédrale, l’artiste… ?? a demandé la collaboration des ingénieurs et techniciens de Vanhaerents. Au centre culturel de Malines, l’artiste Richard Venlet a réalisé, avec l’aide des ouvriers bâtisseurs de Vanhearents, un vaste labyrinthe de briques.

 Une collection

L’idée d’un endroit pour stocker la collection d’art de la famille fait son chemin depuis une quinzaine d’années. Ayant trouvé un vaste espace, ancien stock d’un fabricant de sanitaires, à deux pas de la place Sainte Catherine à Bruxelles, le projet de simple stockage évolue vers une collection qui serait ouverte au public. En 2007, s’ouvre la première collection privée d’art contemporain accessible au public en Belgique. Suivront les collections Verbeke (www.verbekefoundation.com ) et la collection Vanmoerkerke (www.artcollection.be). Financée de manière complètement privée, la collection emploie trois personnes, dont un plein temps. Walter Vanhaerents a quitté ses fonctions au sein de l’entreprise familiale pour se consacrer complètement, depuis 3 ans, à la collection. Il explique : « Les œuvres d’art majeures, comme celles que nous possédons, ne peuvent pas rester cachées. En les achetant, nous avons l’obligation morale de les rendre accessible. C’est une question de respect envers les œuvres et les artistes. Bien sûr, en Belgique, notre initiative fait un peu en concurrence avec les institutions muséales. »

« Nous n’avons pas de budget d’achat. Nous avons vendu quelques pièces achetées il y a longtemps pour acquérir des œuvres plus actuelles. Il nous arrive de ne rien acheter durant deux ans. Nous suivons directement les artistes, dans leur atelier ou via les galeries, et nous achetons très tôt à de jeunes artistes, donc, relativement bon marché. »

La collection Vanhaerents vient d’inaugurer un deuxième accrochage, dont le titre « Sympathy for the devil », reprend une strophe d’une chanson des Rolling Stones et évoque les questions existentielles autour du bien et du mal. « Nous proposons un nouvel accrochage tous les trois ans. Je suis partisan du slow art. Je n’aime pas l’idée de changer les œuvres de place tous les trois mois, comme le font certains musées », dit Walter Vanhaerents. Dans ce vaste espace sur 4 niveaux, on peut découvrir, une fois par mois ou sur rendez-vous, une splendide série d’œuvres de grand format, dont on pointe : l’hypnotique et touchante « Death of J.L. Byars », vaste cube recouvert de feuilles d’or. L’intriguante et triste double œuvre de Boltanski, qui cumule photos de criminels et de victimes. Ainsi que l’installation de Jenny Holzer, comprenant une pierre tombale, un texte défilant en leds et un texte sur calque. L’œuvre « Grand hôtel », de Claude Lévêque a été prêtée par l’artiste. Un terrible gisant de Terece Koh. « We don’t need another hero » de Barbara Kruger et une œuvre presque enfantine en formica, « Donner Lake », de Matthew Day Jackson. Le tout présenté avec beaucoup de générosité dans un espace industriel qui n’a rien perdu de ses traces du passé, grâce au talent des architectes Robbrecht & Daem.

http://www.vanhaerentsartcollection.com

Paru en 2012 dans L’Echo

 

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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