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Expos

Plein feu sur La Louvière

C’est dans le cadre d’un appel à candidature, lancé par les gouvernements de la Région Wallonne et de la Communauté Française, que La Louvière a été désignée Métropole Culturelle 2012 en Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette désignation offre à la ville un fameux défi, celui de présenter son patrimoine historique et sociologique et les foisonnements culturels actuels qu’elle accueille. Tout au long de l’année, et particulièrement au printemps, on pourra enchaîner visites, concerts, balades contées, expositions, etc.

2012-09-50La ville de La Louvière est fille de la révolution industrielle. C’est en effet le développement des industries lourdes (sidérurgie notamment) qui a entraîné son extension, et son érection en commune distincte. La Louvière était au départ le nom d’une ferme de la commune de Saint-Vaast. L’entité grandit et sa taille dépassa celle de sa commune mère. La séparation officielle fut signée et décidée par la loi du 27 février 1869. La Faïencerie Royal Boch fut elle aussi un des fleurons de la ville. En sortant de la gare, on peut encore voir ses bâtiments, éventrés, et quelques amas d’assiettes tristement étalés aux alentours.

Le programme Métropole Culturelle 2012 est diversifié et offre plusieurs facettes. Ainsi de nombreux spectacles et concerts émaillent cette année. On pointe Les Vedettes, ce groupe déjanté de majorettes un brin décalées, qui chante de la pop version années 60 sur un ton trash. Remarqué aussi, le spectacle « La dernière défaïence » monté avec les ouvriers floués de Royal Boch.

L’art pour tous

Au Centre de la gravure et de l’image imprimée, deux remarquables expositions pointent les artisans de l’image multiple. « L’estampe, un art pour tous » présente l’aventure de Jacques Putman, qui, dans les années 70, a l’idée de vendre des lithos dans les supermarchés Prisunic… Collectionneur, écrivain et critique d’art, Putman voit dans l’estampe et la gravure un moyen de démocratiser l’art. L’expérience Prisunic fut une aventure commerciale inégale. Les vendeurs, non formés, et les clients, ignoraient la plupart du temps la valeur artistique des lithographies et ne comprenaient pas leur prix extrêmement démocratique. On peut dire que cette diffusion démocratique interloquait le public… De 1967 à 1973, des artistes de renom sont ainsi invités à créer des estampes qui seront éditées à 150 exemplaires et vendues à bas prix. Niki de Saint Phalle, Asger Jorn, Tinguely, Bram Van Velde, Alechinsky… sont à voir au deuxième étage du Centre. Après 73, Putman, rejoint par Catherine Béraud, qui deviendra son épouse, continuent d’éditer de nombreux artistes, mais dans le circuit traditionnel. Leur activité éditoriale donne à voir un fameux panorama de la modernité. Au rez, on découvre de somptueuses estampes de Baselitz, Tony Cragg, Claude Viallat. Attention, très beaux papiers!

Au dernier étage, importante et amusante exposition des artistes du mouvement né dans les années 70, CAP (Centre d’Art Prospectif). Au travers de nombreux dessins, gravures, photos, vidéos et ready made, Jacques Lennep, Jacques-Louis Nyst, Pierre Courtois, Jacques Lizène et Jean-Pierre Ransonnet, noyau du groupe, déploient un univers expérimental, un esprit et un ton bien belges, et un discours sociologique et humoristique.

(L’estampe, un art pour tous et CAP 40 ans. Centre de la gravure et de l’image imprimée)

Dans la rue

Quatre œuvres d’art public font partie du nouvel aménagement urbain de la ville. Le Scribble de Michel François trace un enchevêtrement de fil de métal qui évoque une ramure d’un arbre. Anne Jones a installé rue de la Loi un cône en métal, bordé de feuilles d’ardoises. Une très grande assiette brisée, en métal laqué, de Lucile Soufflet et Bernard Gigounon, inspirés par l’histoire de Keramis Royal Boch. Enfin, Emile Desmedt a proposé des coupes d’arbres, incisées dans le pavage en pierre bleue de la rue Keramis. Trois de ses artistes offrent à voir d’autres facettes de leur travail au musée Ianchelevici. : Michel François, Emile Desmedt, Anne Jones. Très belles pièces de Anne Jones, en verre, métal, ardoise. Croquis et plans préparatoires d’Emile Desmedt.

(Traces. Musée Ianchelevici)

Rions un peu

Le Centre Daily-Bul & Cie est né dans les bureaux des éditeurs de la revue Daily-Bul, créée en 1957. Jacqueline et André Balthazar ont édité de nombreux artistes belges (Alechinsky, Baronian, Calonne, Folon,  Picha, Kiki Crèvecoeur, Camille de Taeye, Josse Goffin, Roby Comblain…) ainsi que des pointures de l’illustration comme Roland Topor, Ronald Searle… Les archives de la maison d’édition ont constitué le point de départ de  l’ouverture du centre, en 2009. Son objectif est de gérer au mieux ce fonds d’archives. Tout l’esprit à la fois léger, sarcastique, ironique, décalé voire surréaliste du Daily-Bul et la précision de ses choix éditoriaux sont à voir dans l’exposition « Escargots à gogo ». Le logo de la maison d’édition est en effet un gastéropode. On peut découvrir au cours de l’exposition de nombreux dessins orginaux des artistes maison, des objets issus de la collection personnelle de Jacqueline Balthazar, des documents d’archives… Pointu et passionnant. (Escargots à gogo. Centre Daily-Bul & Cie. Jusqu’au 29 avril.)

Historique

En 1947, 223 ouvriers italiens sont logés en bordure du canal et de l’usine de Gustave Boël, dans quatre blocs sommairement construits. Certes moins spectaculaire que les ascenseurs à bateaux du canal du Centre, ce lieu de mémoire témoigne du passif émotionnel de nombreux ouvriers et des conditions de vie précaires qu’offrait la Belgique à ses travailleurs immigrés. On y découvrira une chambre reconstituée, la cantine, …

(La cantine des Italiens. A partir du 7 avril)

Loup, y es-tu ?

Plus excentré, le Musée Royal de Mariemont présentera trois expositions sur le thème du loup. « Ô Loup ! De nos campagnes à nos imaginaires » est une exposition historique, anthropologique et artistique sur le loup dans les contes, fables et légendes, oscillant entre attractivité et répulsion. Dans « Regards d’artistes contemporains », on découvrira la place que donnent quelques artistes au loup. Ainsi, la photographe Sarah Moon qu’on a vue au Botanique, Jacques Charlier ou encore Jacques Lennep.

Mais encore, « Le loup réinterroge la littérature » présentera quelques perles illustrées anciennes, issues des collections du musée, ainsi que des originaux d’illustrateurs jeunesse d’aujourd’hui… Pas de doute, avant ou sans pleine lune, Mariemont hurlera son amour des loups. (Ô Loup ! Musée Royal de Mariemont. Du 7 avril au 2 septembre)

http://www.lalouviere2012.eu

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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