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Lieux d'Art

Nouveau paysage

La Centrale électrique, le centre d’art contemporain de la ville de Bruxelles, fête ses 6 années d’existence. L’occasion de se repositionner et de changer de nom, pour devenir Centrale for contemporary art.  Depuis son ouverture, elle a régulièrement accueilli des festivals comme le Kunstenfestivaldesarts, Europalia, l’Eté de la Photographie, Modo Bruxellae… Parallèlement, elle a accueilli ou produit des expositions comme « Toute Cruauté est-elle bonne à dire ? » en 2009, ou les 300 ans de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, il y a quelques mois. Le tout avec sans doute un peu trop d’éclectisme.

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Pourtant, idéalement située place Sainte Catherine, cet espace a de nombreux atouts pour devenir un pôle important de la vie culturelle bruxelloise. Une nouvelle directrice artistique vient d’être nommée : Catherine Fol est docteur en histoire de l’art. Elle a été conseillère artistique auprès de l’échevin de la culture de la ville de Bruxelles, responsable du secteur Expositions au Botanique, et directrice du musée Art & Marges de 2002 à 2012. Elle vient de présenter la  nouvelle programmation du lieu, qui tournera autour de trois axes : les triennales des écoles d’art bruxelloises (La Cambre, Académie royale des Beaux-Arts, ERG, Saint-Luc, Sint-Lukas…), des expositions de groupes et thématiques, dont « Mind-Scapes » qui vient de s’ouvrir, ainsi qu’un soutien aux créateurs bruxellois de renommée internationale, par le biais d’un dialogue avec un artiste étranger.

mindscapes_manray_aurelien« Mind-Scapes » présente, dans le cadre du Summer of Photography, des photographes de différentes époques qui travaillent sur le thème de l’humain et du paysage. Comment les artistes photographes s’emparent-ils de ce medium pour exprimer quelque chose qui se situe bien loin de la description frontale de la réalité ? Comment tentent-ils de rendre l’invisible visible ?

Ca commence avec de beaux clichés de Man Ray, qui utilise la « Rayogramme », c’est-à-dire l’exposition directe en laboratoire d’objets sur papier sensible. Plus loin, un magnifique « éclair » sur fond noir, d’Hiroshi Sugimoto, sorte d’héritier des « Rayogrammes ». Plus métaphoriquement, d’autres photographes ont tenté de transfigurer le réel pour accéder à une lecture subjective des objets photographiés. C’est le cas de Pierre Radisic, avec ses poétiques « Corps constellations », où les taches de beauté sur la peau du modèle deviennent des étoiles formant constellations.

394192383_ID3281003_14__arno_rafael_21458787m_0200QL_0On pointe les puissantes photos de cérémonies Vaudou de Gaël Turine, avec leurs corps en transe engloutis dans une nature dévorante ; ou celles de la folie, avec cette vieille femme infiniment touchante, penchée sur un bouquet de fleurs, issue de la très belle série « Dousha Balit », que Viviane Joachim a faite dans des hôpitaux psychiatriques.

Un bâtiment de douane qui ressemble à un coquet pavillon de banlieue, de la série « Espace Belgique », de Nicolas Bomal, interroge l’étrangeté du paysage. Quatre grands formats en noir et blanc questionnent notre perception de notre environnement direct : Dirk Braeckman attrape des  détails (coin de rideau, couvre-lit satiné) et les présentent comme des paysages étranges, lunaires. Mais aussi, les morceaux de corps d’Arno Rafael Minkkinen, sur l’eau, dans la neige : à la fois étranges, évanescents, ils sont pourtant bien réels, et si joliment mis en scène dans la nature. Au bout de l’exposition, laissez-vous hypnotiser par la dernière scène d’un film de David Lynch : une route la nuit, qui file vers le noir complet.

  • Mind-Scapes
  • Centrale for contemporary art
  • 1000 Bruxelles

Paru en 2012 dans L’Echo

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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