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Lieux d'Art

L’art très privé d’exposer l’art

Depuis un peu plus de deux années, on assiste à Bruxelles à l’émergence d’initiatives privées pour montrer l’art actuel. Bien évidemment, la disparition depuis 2 ans, du musée d’art moderne de Bruxelles (au musée des Beaux-Arts) ainsi que le manque de moyens institutionnels sont les premières explications à cette émergence. Des particuliers ont eu envie de suppléer à ce manque. De plus, des Français collectionneurs, qui avaient pour habitude de louer un stock pour leurs œuvres à Genève, ont découvert qu’il était moins cher d’acheter un bien immobilier à Bruxelles et de le transformer en musée personnel. Ainsi, ils profitent d’une fiscalité sur les biens mobiliers et immobiliers bien plus clémente en Belgique que chez eux. Fair game ! Mais encore, l’engouement pour l’art contemporain, sa sur médiatisation et le fait qu’il soit souvent devenu un business – on achète une œuvre pour la revendre quand elle a pris de la valeur, une réalité pour la plupart des collectionneurs, et cela n’enlève rien à leur passion pour l’art… tous ces éléments sont des facettes pour expliquer l’émergence, à côté du mécénat d’entreprise et des collections créées par des sociétés, d’initiatives strictement privées, mises en place par une personne ou une famille. Regards sur trois initiatives.

Un entrepôt

Ainsi, le tout  nouveau centre d’art C.A.B., ouvert par le collectionneur belge Hubert Bonnet. Après un MBA au Texas, il travaille deux années comme trader à New York et visite passionnément les galeries d’art. Revenu depuis 10 ans en Europe, il partage son temps entre la Suisse et la Belgique. Passionné, toujours, il voyage énormément, visites toutes les foires internationales et collectionne. Décidé à trouver un lieu de stockage pour les œuvres qu’il a acquises, il trouve un ancien entrepôt de charbon de 800 m2 près de la place Flagey. Au fil de sa réflexion, il décide de faire de cet endroit un centre d’art indépendant. Ouvert vendredi passé par une soirée qui a réuni tout le bling de Bruxelles, il présentera un nouvel accrochage tous les trois mois. La première exposition, magnifique, présente sept artistes brésiliens, dont deux ont travaillé in situ. Ainsi Paulo Climachauska, dont l’immense proposition en noir sur blanc résonne avec la belle charpente métallique de ce vaste espace. Sandra Cinto a réalisé deux fresques au feutre argenté : vagues cinétiques, graphiques, puissantes. On pointe aussi les grandes toiles narratives, de Rafael Carneiro. Le C.A.B. peut être loué par des entreprises pour des déjeuners conférences autour de l’art actuel. 

Une maison

Maison Particulière est née de l’initiative d’un couple de collectionneurs français, Amaury et Myriam de Solages. Comme on leur demandait de nombreuses fois d’organiser des visites privées de leur collection personnelle, l’idée leur est venu d’ouvrir une maison qui mêlerait une ambiance « home » et les objectifs d’un centre d’art. L’objectif était de créer un lieu ouvert au public, pour pouvoir partager leur passion pour l’art actuel mais aussi de présenter les points de vue d’autres collectionneurs. Depuis un an, une vaste maison à côté de la place du Châtelain, déploie sur trois niveaux une suite de salons qui sont autant de salles d’exposition. Chaque accrochage est réalisé avec deux à trois autres passionnés avec lesquels ils ont brainstormé pour définir un thème. « A chaque accrochage, nous découvrons de nouveaux artistes. Nous découvrons aussi qu’il n’y a pas qu’une seule manière de montrer de l’art. Il n’y a pas de diktat, explique Amaury de Solages. J’ai toujours eu envie de réaliser un projet autour de l’art, dit-il encore, j’aime l’idée de partager une passion. » Le cadre juridique de l’organisation est une asbl, qui occupe trois personnes à plein temps. Vernis durant la semaine d’Art Brussels, le nouvel accrochage : « Stuggle(s) », présente entre autres sept œuvres importantes de l’Espagnol Josep Niebla, sur le thème de la lutte, qu’elle soit politique, sociologique, personnelle ou encore intime et psychologique. On y découvre des artistes émergents du Moyen-Orient, mais aussi Ai Wei-Wei, Louise Bourgeois, Jan Fabre, Luc Tuymans… Courez-y, c’est remarquable.

Une fondation

La Villa Empain, avec ses deux années d’existence, a ouvert la voie de ces initiatives privées. C’est ce qu’explique sa directrice, Diane Hennebert : « Sans doute que l’audace de Jean Boghossian, qui a sauvé en le rénovant ce joyau de l’architecture Art Déco qu’est la Villa Empain, a montré aux collectionneurs privés que c’était possible d’ouvrir un lieu sans aide institutionnelle. A Bruxelles, au niveau institutionnel, il n’y a que le Wiels. Et cela avec de grosses difficultés financières. Il leur est impossible d’organiser des expositions d’envergure muséale, comme à la Tate Modern de Londres, par exemple. C’est dommage. »

A la différence des deux autres lieux, il s’agit ici d’une fondation et non d’un centre d’art. Son objectif est de développer le dialogue entre l’Orient et l’Occident. Mais depuis son ouverture, il s’emploie à présenter de nombreux artistes contemporains, dont ceux de la scène Moyen orientale, que nous n’aurions pas eu l’occasion de voir ailleurs à Bruxelles.  « Notre propos ne se base pas sur une collection, encore moins sur celle de Jean Boghossian, le fondateur. Nous avons une identité plus transversale, explique Diane Hennebert. » Pour « Art is the Answer ! », la parole est donnée aux artistes libanais. On pointe ici, le « faux musée » de Mohamad-Said Baalbaki, qui interroge notre rapport crédule à ce qui est exposé dans les vitrines des musées. Et la belle et touchante série de photos « The Story of Z », de Fouad Elkoury. Ainsi que le travail de l’artiste, sculpteuse et orfèvre Ranya Sarakbi, dont les bijoux sont importables de beauté.  On y organise, en plus des expositions, des cycles de conférences, projections de films, et récemment un salon de thé s’est ouvert.

Paru en 2012 dans L’Echo

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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