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Galeries

Ce que la couleur nous conte…


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Les peintures de Jean-Luc de Poortere, peintre belge né en 1951, déploient avant tout leurs couleurs subtiles et travaillées en aplats et en zones bien définies. Sur de très grandes toiles marouflées de papier, à l’acrylique : des bleus un peu salis, des noirs, des verts, une touche de rose ou de jaune… Les teintes et les textures sont subtiles, transparentes, laissant voir la trace du pinceau. Derrière celles-ci, se cache le dessin préparatoire, narratif et structurant, tracé à la pierre à encre de Chine. Le peintre fait ainsi jaillir des silhouettes de personnages ou d’animaux qui semblent issus de contes lointains. L’un danse avec son double, l’autre a une tête de chat. Ici, un crocodile, là une silhouette d’homme esquissée sous une architecture sombre. Plus loin, sur papier, un loup, un homme effrayé, un autre nu, un champ : on croirait capter une scène du conte musical « Pierre et le loup ». Cela ressemble à un théatre un peu enfantin, avec ses personnages emblématiques. L’artiste parle d’histoires universelles dans lesquelles chacun retrouverait la sienne particulière. L’ambiance est un peu inquiétante, on croirait que de Poortere tire ses thèmes d’événements archaïques, qu’il a lui-même oubliés. Lui reste cette trace, ce petit théatre avec ses décors plats. Il y a du Chagall, de l’Alice au pays des Merveilles, il y a aussi une touche très illustrative qui rappelle « Les trois brigands » de Tomi Ungerer. Enfin, les scènes semblent figées dans un espace sans temps. Les dates, faisant fonction de titres, le disent aussi. C’est mystérieux, poignant et subtil, avec une belle technique classique. 

  • Jean-Luc De Poortere
  • Braam Art Gallery
  • Bruxelles

 

 

Toute une vie

mendelson-12309dig-lMarc Mendelson, né le 6 novembre 1915 à Londres est un peintre, graphiste et sculpteur belge. Il est l’un des douze fondateurs de la « Jeune peinture belge ». Ce mouvement novateur au lendemain de la guerre (« le lien entre nous était de réagir à la peinture passéiste d’avant-guerre ») était soutenu par de grands mécènes comme le galeriste Robert Delevoy, l’avocat René Lust et des industriels comme Herman Colson, Tony Herbert et Gustave Van Geluwe. Alechinsy se joindra ensuite un instant au groupe avant de se lancer dans Cobra (dont Mendelson ne fit jamais partie « mais je les recevais chez moi, j’étais leur aîné »).  Ce mouvement, fondé en 1945, sera dissous en 1948, suite notamment au décès de René Lust.

Le style de Mendelson est protéiforme. Ainsi, après la figuration lyriqye de ses débuts, il s’essaie à l’abstraction, avec de grandes toiles dont il travaille la pâte de la couleur comme une matière gravée, un mur craquelé. Mendelson arrête de peindre il y a presque 30 ans. Pourtant, il a conservé énormément d’archives : toiles, dessins, gravures, lithographies. C’est ce fond qui sert de base à la belle exposition à voir aujourd’hui à la galerie Didier Devillez. On peut y découvrir d’amusants ready-made qu’il a réalisé dans les années nonante avec des formes à chapeau. Mais surtout une belle série dessins de sa dernière période, avec les petits personnages plein d’humour, ludiques, presque BDesques, qu’il a dessinés après sa période abstraite. D’autres dessins à l’encre datent des années 50 : natures mortes, magnifiques portraits de son épouse, paysages. Dans la première salle, une petite vue d’Anvers qu’il réalise à l’encre, à 15 ans, très émouvante. Plus loin, un grand tableau sombre – son dernier – qui date de 1982. Ainsi, on peut parcourir toute sa vie de création aux travers des œuvres exposées – dont de nombreuses se sont vendues au vernissage. Une belle série de dessins non encadrés est à voir à l’étage inférieur de la galerie. En 2010, à 95 ans, Mendelson eu droit à une rétrospective au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles.

  • Marc Mendelson
  • Galerie Didier Devillez
  • Bruxelles

Paru en 2012 dans L’Echo 

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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