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Expos

Baroque à tous les étages

09d-Jordaens - le roi boit - Kunststorisches Viena gOn connaît Jordaens comme l’élève de Rubens, friand de sujets populaires comme« Le roi boit ! », comme s’il avait manqué de sophistication et de subtilité pour aborder d’autres sujets. La somptueuse exposition à voir aujourd’hui aux  Musées royaux des Beaux-Arts démontre que bien que n’ayant pas fait le fameux voyage en Italie, Jordaens était largement inspiré et perméable à la culture antique, qu’il apprécia et transposa de manière très fine et personnelle. Une source d’inspiration qu’il transcenda avec passion et puissance, dans de larges toiles débordantes de vie et de remarquables dessins.

Foyer important de l’imprimerie, avec des maisons renommée comme Plantin-Moretus, Anvers voyait circuler de nombreuses traductions des auteurs de l’Antiquité. Jordaens disposait donc, comme ses collègues, d’une vaste documentation. Ces ouvrages étaient abondamment lus, le niveau d’instruction des Anversois était élevé et la classe commerçante apprenait plusieurs langues vivantes. On avait à sa disposition des séries d’images des sculptures les plus célèbres et des reproductions gravées. Plusieurs collections d’art anversoises contenaient, outre des tableaux de peintres du Nord et d’Italie, des copies des plus importantes sculptures de l’Antiquité. Celles-ci apparaissent également dans les représentations picturales idéalisées des « cabinets d’art ». A la fin de sa vie Jordaens possédait lui-même un plein atelier de plâtres de sculptures antiques.

Geste, mouvement, volume d’un muscle, attitude : de nombreux éléments de la sculpture antique se retrouve « mot pour mot » dans les toiles de Jordaens. C’est ce qu’illustre avec brio l’exposition. Dès l’entrée, une mise en parallèle de photos de sculptures antiques et de détails de ses tableaux en font la démonstration.

Dans la première salle, on découvre les 60 figures antiques gravées par François Perrier, reprennent des sculptures romaines, comme une immense bibliothèque d’attitudes, et quelques livres de gravures. Ainsi, par exemple, pour son « Allégorie de la sciences », les corps de pierre ont pris chair, sang et couleurs mais semblent arrêtés dans les même postures que les statues de Rome.

jordaens-119dig-l_small@2xJordaens a peint de nombreuses allégories de la fertilité, dont la figure centrale est directement inspirée, dans la souplesse de ses formes et dans sa posture, des vénus et nymphes romaines. Une jolie mise en parallèle d’un plâtre antique et d’une toile du maître l’illustre ici. Avec son « Combat des centaures et des Lapithes », c’est le bas-relief de Michel-Ange et sa mêlée de corps comme noués, qu’on retrouve.

On ne manque sous aucun prétexte les dessins de Jordaens. Ceux de ses débuts étaient essentiellement des ébauches de compositions, des études préliminaires intervenues dans la genèse d’un ou de plusieurs de ses tableaux. Ces dessins (les « ricordi ») étaient conservés à l’atelier et réutilisés par l’artiste et ses assistants, comme une sorte de référentiel. C’est particulièrement le cas des études de têtes et des détails anatomiques. Les dessins plus tardifs comprennent davantage de compositions à grande échelle, très abouties, souvent exécutées à l’aquarelle sur un travail préliminaire à la pierre noire. Ils ont peut-être servi de « modelli » (on dirait maquette, aujourd’hui) à montrer à d’éventuels commanditaires. Dans la dernière salle, deux importantes tapisseries réalisées d’après un dessin de Jordaens, font la suite des près de 120 peintures et dessins présentés. Passionnant.

13627968934Poursuivez la visite avec le baroque délirant de Jan Fabre, présenté incrusté dans la collection des maîtres anciens du musée, ainsi que dans une galerie de sculpture classique aménagée avec ses autoportraits en bronze et en cire.

  • Jordaens et l’Antiquité
  • Jan Fabre
  • Musées royaux des Beaux-Arts
  • Bruxelles

Paru en 2012 dans L’Echo

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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