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Expos, Lieux d'Art

Acceptés versus Refusés

imagesL’exposition sur les Impressionnistes français à découvrir à l’Hermitage Amsterdam met en dialogue les œuvres acceptées à l’époque et celles qui firent entrer l’histoire de l’art dans la modernité.

A la fin de 19ème,  le Salon était un événement incontournable de la vie culturelle parisienne de l’époque. On s’y pressait pour voir des œuvres accrochées par dizaines sur les murs, du plafond au sol, et les unes contre les autres. Le très sérieux et ronronnant jury du Salon, composé de professeurs d’Académie, d’anciens médaillés, de membres du gouvernement, sélectionnaient comme chaque année un art « officiel » fait de scènes de mythologies ou historiques et de paysages, le tout en un style pompier, léché, sous glacis, qui décorerait sans faire de vagues les intérieurs bourgeois. C’est l’époque de la redécouverte de Pompéi et d’Herculeum, dont l’inspiration se retrouver jusque dans le mobilier Empire, avec ses pieds en formes de colonnes cannelées. Tout artiste qui veut établir sa renommée se doit d’être exposé dans ce Salon.

En 1863, le jury refuse plus de 3500 artistes sur les 6000 qui se présentent. Les recalés grognent tant que Napoléon III crée le Salon des Refusés, dans lequel Manet pourra exposer son « Déjeuner sur l’herbe ». Cette toile provoque un scandale : on avait jamais vue représentée une femme nue qui ne soit pas une déesse grecque.

En 1874, Degas, Renoir, Monet, Cézanne… exposent leurs œuvres dans l’atelier du photographe Nadar. Le journaliste Louis Leroy, décrit sa visite de manière acerbe, traitants les artistes dont il a pu voir les toiles, dont « Impression, soleil levant » de Monet, « d’impressionnistes ». L’expression a eu le succès que l’on sait. C’est cette période charnière que décrit l’exposition « Impressionnisme : Sensation et Inspiration » créée comme chaque fois à partir des collections du musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg. Mises côte à côte, les œuvres des artistes officiels et des refusés donnent à voir la césure entre classicisme néo-romantique, réalisme et Impressionnistes.

Ainsi, deux vues de Paris : la « Place de l’Etoile », de Edmond-Georges Grandjean, en 1878 et « Les bords de la rivière à Saint-Mammès », de Pissarro, datant de 1884. Les différences sont directement visibles : d’un côté l’apparence de la réalité, lisse, perfectionnée, et de l’autre, l’impression de la réalité, la lumière « effaçant » les détails, en mettant d’autre en avant. C’est la précision contre l’éphémère.

Ou ce très beau et grave portrait de la « Comtesse Elisabeth Vorontsova-Dashkova », de Cabanel, d’un classicisme rigide et puissant et le « Portrait de l’actrice Jeannne Samary », par Renoir, où le personnage à la féminité est exacerbée, semble mouvant,  prêt à sortir de la toile pour venir vous parler. On pointe  la « Femme dans le jardin » de Monet », qui présente une femme de dos, devenue juste une tache blanche qui fait le contrepoint d’un coin de ciel bleu à l’angle opposé, au milieu du vert d’un jardin sous le soleil. Le marbre de Rodin, « L’éternel printemps », à la texture si douce et aux bords laissés à vif, dialogue avec force avec une « Sappho » de marbre blanc, lisse et sans surprise, bien qu’éternellement romantique, de Prospère d’Epinay. Tout est dit.

Il est vrai que le développement de la photographie, qui peut fixer la réalité dans ce qu’elle est, donne aux artistes le champ pour exprimer autre chose. Cette mise en perspective très didactique et riche d’informations sur une époque (On aime les extraits de presse placardés dans chaque salle et qui incrustent les œuvres dans leur époque) permet au regard de comprendre le véritable clash qu’ont créé les premiers Impressionnistes.

On attend avec impatience l’exposition Van Gogh, digne héritier des Impressionnistes, dont 75 œuvres issues du musée Van Gogh d’Amsterdam – fermant ses portes pour rénovation, seront exposées dès septembre, en parallèle avec l’exposition actuelle.

Paru en 2012 dans L’Echo

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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