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Galeries

Une lente médiation

hannaert2« L’interprétation psychanalytique de l’acte créateur donnée par Mélanie Klein m’apporte une explication lorsqu’elle le définit comme un travail de deuil et la possibilité pour l’artiste de tolérer l’angoisse et la dépression, d’en neutraliser les effets par la création d’un monde intérieur. » Ainsi parle Felix Hannaert en introduction d’une conversation qu’il a avec Serge Meurant, qui l’interroge.

Vibrant, profond et puissant monde intérieur que nous donne à voir aujourd’hui Félix Hannaert à la galerie Duqué-Pirson. Né en 1944, ce peintre belge vivant à Bruxelles a été formé à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles et y a été professeur. Il est l’un des principaux représentants de la peinture abstraite en Belgique.

Il expose depuis les années 80, un travail abstrait sur la structure et la couleur, qu’on sent nourri par le dessin et s’inspirant des structures qu’il trouve dans son environnement : arbres, architectures. Felix Hannaert travaille selon une série de paramètres précis : format de la toile, couleurs, structures. L’exposition expose ses toiles récentes, de 2008 à 2011. Travaillant l’alkyde (peinture industrielle) sur toile, il pose de nombreuses couches de ce médium qui, au départ mat, en devient satiné. Dans la lignée de Mondrian, cousin stylistique de Georges Meurant, il trace sur la toile des lignes qui la structurent et définissent des volumes – carrés, rectangles. Ensuite, l’artiste travaille une gamme de couleurs très subtile, renouvelée pour chaque toile, en faisant se superposer un bleu profond et un mauve, pour obtenir un brun profond… un jaune lumineux et un rouge, pour un orange nacré… un vert acide s’accoquine avec un rouge sang et côtoie un rose pétale… Ces couleurs sont le fruit d’un long travail préparatoire de recherches de variations chromatiques, mais aussi d’acquis théoriques, historiques et d’interrogations pédagogiques, puisqu’il enseigne à ses étudiants la pratique picturale.

Toile de lin et format carré, lignes droites : avec cet ensemble on ne peut plus minimal de moyens, Hannaert offre à voir, principalement au travers des mélanges de couleurs raffinées et soigneusement sélectionnées : une vibration, une profondeur de champ… Et donc, un univers très personnel, qu’on sent issu d’un travail de patience, de détachement et de méditation. Quand l’artiste commente son travail, il évoque d’ailleurs son rapport à la création en termes d’éthique, d’expérience spirituelle, d’introspection, d’être, de perception selon sa nature propre… On comprend pourquoi la phrase de Mélanie Klein lui convient si bien.

  • Félix Hannaert
  • Galerie Duqué-Pirson
  • Bruxelles

Paru en 2012 dans L’Echo

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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