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Galeries

Le tango de la mort – Fiers dogons

Le tango de la mort 

IMG_0493Mircea Suciu est un jeune artiste roumain, né en 1978. Fasciné par ce qu’il appelle les actes absurdes de l’homme et fin observateur de la nature humaine, il relaie frontalement l’histoire de l’Europe dont il est imprégné, avec les dérives du communisme ou de la religion. Rage et colère contenues sont les deux sentiments qui semblent habiter chaque dessin qu’il réalise. Siciu a déjà beaucoup exposé, en Roumanie, puis à New York, d’où il a travaillé durant quelques années.

C’est sa première exposition en Belgique. Avec une remarquable économie de moyens : papier ou toile et fusain, ainsi qu’une maîtrise parfaite du dessin classique et du clair-obscur, il campe sur des grands formats des personnages issus de notre histoire européenne ou des figures de l’autorité d’Etat ou religieuse, en s’inspirant de vieilles photos trouvées sur internet. D’un trait qui esquisse la composition, pour certains dessins, à un rendu complètement saturé de noir profond, d’où émergent seulement quelques zones claires, pour d’autres œuvres, toutes les nuances du noir et du gris se prêtent à déployer un expressionnisme puissant, revu à l’aulne du 21ème siècle. Dans la matière du fusain patiemment mis en couches successives sur la toile, il travaille aux doigts pour gratter le noir et retrouver une teinte plus clair. Les volumes apparaissent, une profondeur s’installe. Mais rien ne sert d’être seulement un redoutable dessinateur. Les compositions dramatiques et puissantes, la construction forte et réfléchie des images, la réinterprétation des photos qui l’inspire, l’instillation d’un message sombre et à la fois ironique, les grands formats qui éclatent sur les murs sont autant de propositions chocs. Franchement, c’est brillant, une vraie découverte. A ne pas manquer !

  •  Mircea Siciu
  • Aeroplastics Contemporary
  • Bruxelles

Fiers Dogons

urlPuissant cavalier fièrement dressé, masque à l’aura guerrière, femmes symboles, escalier esquissé, porte bouclier, margelle de puit dentelée par l’usage, bois usé, patiné, simplicité des formes en même temps qu’une évocation forte d’une civilisation fascinante… Une belle série de sculptures Dogon sont à découvrir chez Didier Devillez.

En 1930, la mission ethnographie Dakar-Djibouti, dirigée par Marcel Griaule, et qui dura deux années, mit en lumière les habitants troglodytes d’une falaise de 100 km de long, la falaise de Bandiagar, située au Mali, à la frontière du Burkina Faso. La mission récolte de nombreux objets réalisés par ses habitants, les Dogons. Les pièces seront exposées au musée de l’homme de Paris, devenu depuis le musée des Arts Premiers au quai Branly. Une autre expédition dans les années cinquante drainera elle aussi des objets Dogon vers l’Europe. Devillez, plus habitué à présenter de l’art contemporain, donne à voir une partie des pièces d’un collectionneur fou, Henry Coomans de Brachène. Masques, statues, échelles et autres objets d’une belle puissance donnent un aperçu de la richesse de la cosmologie et des rites des Dogon : l’univers y est animé par une énergie vitale cosmique et les rites tendent à maintenir ou à restaurer l’harmonie entre les forces visibles et invisibles et entre les vivants et les morts.  On reconnaît la qualité d’une pièce au fait qu’elle aie été dansée, c’est à dire qu’elle aie été réalisée par les Dogon et pour eux-mêmes, et qu’elle aie été utilisée pour leurs rituels. (Au contraire d’une pièce sculptée pour les touristes). De plus, une pièce qui date de l’expédition de 1930 aura plus de valeur qu’une pièce récente.

  • Dogon
  • Galerie Didier Devillez
  • Bruxelles

Paru en 2012 dans L’Echo

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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