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Ailleurs, Expos, Lieux d'Art

Dali et Hopper à Paris

urlLe grand fou du Surréalisme

“Le Surréalisme, c’est moi.”, disait sans ambages Salvatore Dali. Plus de trente ans après la retrospective que lui avait consacrée cette toute jeune institution qu’était alors le Centre Pompidou, revoici Dali. Cet Espagnol complètement frappé qui, comme Jane Birkin, n’a jamais perdu son accent étranger. Connu pour ses toiles surréalistes des années 30, il est aussi, on l’avait oublié, un des pionniers de la performance artistique.

Son savoir-faire de dessinateur et de peintre, à la technique sans faille, lui sert pour mettre en forme son délire. Religion, sexualité et psychanalyse sont au centre de son inspiration. Dans les dernières décennies de sa vie, Dali s’est forgé un personnage qui faisait grand bruit en arrivant dans les soirées parisiennes en cape et grande moustache. Flattant sa folie, il flattait celle de tous ceux qui l’entourent. Sa méthode “Paranoïaque-Critique” lui permettait, par l’inversion, d’éviter de devenir victime du délire et, au contraire, de le promouvoir auprès du plus large auditoire possible.

soiree-dali-pompidouAprès les toiles iconiques, dans la dernière grande salle, on découvre les films, performances, et participations à des publicités télévisées. C’est la partie la plus jubilatoire de l’exposition. Elle donne à voir un travail d’une grande modernité, où l’egotisme, la psychanalyse, et la théatralité sont les prémices jouissifs de toute une génération d’artistes performeurs. Ainsi ce film où l’artiste, perché sur un balcon à l’étage, trempe des objets divers dans un seau de goudron posé sur le trottoir. L’occasion d’inviter les gens à présenter leurs propres objets à goudronner. Ainsi la pub dans laquelle il vante les mérites d’un chocolat. Ainsi la machine à écrire écrasée par un rouleau-compresseur sur une plaque de cuivre; ainsi, la bulle de plastique dans laquelle il s’enferme, pour en peindre la surface de grandes fleurs aux couleurs violentes… Excessif, exacerbé, pantomime de lui-même,  ouvert à toutes ses failles, illustration de l’artiste soigné par son délire créatif, Dali meurt à 85 ans, en 1989, en ayant eu le temps de marquer plus de cinquante ans de l’histoire de l’art. A voir.

 

L’âme du quotidien

hoppEdward Hopper (1882-1967), peintre américain, fit plusieurs séjours à Paris, où Degas lui inspira des angles de vue originaux, Félix Vallotton, le goût d’une lumière à la Vermeer. “A mon retour, tout m’apparaissait terriblement grossier et vulgaire, il m’aura fallu dix ans pour me défaire de l’Europe”, racontera Hopper.

ll lui faudra aussi de nombreuses années avant de pouvoir abandonner l’illustration, qui le fait vivre. Ouvrant l’exposition du Grand Palais, ses années d’illustrateur sont passionnantes à découvrir. En effet, , il réalise de 1906 à 1914, de nombreuses couvertures de magazines, d’une grande beauté graphique. La palette du peintre y est déjà présente. Hopper n’hésite pas à utiliser la couleur comme argument graphique plutôt que de manière réaliste. Cela donne des ciels marins jaune vif, des bateaux de guerre bleu marine. Ses sujets de prédilection sont déjà présents: des personnages, des bâtiments. S’agissant ici d’illustration commerciale, il donne une vision riante de la vie américaine… des gens ensemble, souriants…. loin de l’atmosphère mélancolique de ses futures oeuvres sur toile.

Edward-HopperL’année 1924 marque un tournant dans l’œuvre de Hopper. L’exposition au musée de Brooklyn de ses aquarelles des résidences néo-victoriennes de Gloucester lui valent une reconnaissance qui va lui permettre de se consacrer exclusivement à son art.

D’abord en peignant d’après nature, des maisons qu’il croque du siège arrière de sa voiture. Des maisons qui ont de la personnalité, qui semblent être vivantes. Les fenêtres comme des yeux, la porte comme une bouche. C’est particulièrement frappant lorsqu’on regarde deux toiles accrochées côte-à-côte dans l’exposition: “Auto-portrait” (1925) et “Hodgkin’s house” (1928).

EN-IMAGES-Hopper-au-Grand-Palais_scale_930_620A partir de 1943, Hopper ne travaille plus d’après nature.  Il creuse sa voie, celle de l’artiste qui cherche son âme dans la beauté du quotidien. Loin de tout anecdotisme. On a tous dans l’oeil les vues d’intérieurs, comme volées de la rue, indiscrètes: “Hotel Room”,  “Nighthawks”, “Morning sun”. On pointe les gravures des jeunes années, avec, déjà, le regard distancié mais tendre, le cadrage théatral, l’impression d’être à la fois près et très loin de la scène donnée à voir, une profonde solitude.

  • Edward Hopper
  • Grand Palais
  • Paris

paru en 2012 dans L’Echo

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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