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Galeries

Ne m’oubliez pas !


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Mis au point dans l’Ohio en 1856, le procédé du ferrotype (tintype) est constitué d’une mince plaque d’acier recouverte de laque noire sensible à la lumière, l’image négative obtenue après l’exposition apparaissant comme positive en raison de ce fond sombre. Non reproductible, chaque tintype est unique.

Ce procédé s’est rapidement imposé sur tout le continent nord-américain, devenant le moyen le plus aisé et le moins coûteux de réaliser des portraits, supplantant ainsi le daguerréotype et les tirages à l’albumine, réservés aux plus fortunés.

Pour se faire tirer le portrait, on vient seul, en couple, en famille, entre amis, entre collègues ; on s’habille de son mieux, sinon l’habit de tous les jours fait l’affaire. Dans la plupart des cas, on ne sourit pas, il s’agit ici d’une affaire sérieuse. De la prise de vue à l’objet finalisé, le processus ne demandait que quelques minutes (y compris le coloriage : un peu de rose sur les joues, quelques couleurs pour faire ressortir un accessoire vestimentaire, l’une ou l’autre touche d’or pour mettre en valeur les bijoux). Ainsi, les modèles pouvaient s’en retourner chez eux en emportant immédiatement leur image fixée pour l’éternité, et ce pour quelques cents.

Même s’il fut utilisé jusque dans les années 1930, l’âge d’or du tintype se situe entre les années 1860 et 1890. Son déclin commercial coïncide avec l’apparition des appareils Kodak qui permettent aux amateurs de pratiquer eux-mêmes un médium jusque-là réservé aux professionnels.

Ces quatre décennies ont profondément marqué et transformé l’histoire des États-Unis : guerre de Sécession, abolition de l’esclavage, ségrégation, conquête de l’Ouest et installation de colons sur des terres inconnues, guerres indiennes, ruée ver l’or, immigration en provenance d’Europe et d’Asie, construction du chemin de fer, industrialisation, commercialisation de l’agriculture, luttes ouvrières, engorgement des grandes villes…

Néanmoins, ces hommes, ces femmes et ces enfants que nous regardons et qui nous regardent nous parlent de leur histoire particulière, de leur vie rêvées, de notre vie à nous et de comment nous nous imbriquons dans l’histoire toujours en marche du monde. « Ne m’oubliez pas », semblent-ils nous dire. Ce jeune homme porte son uniforme de soldat. Une petite jeune fille, quelques fleurs à la main, semble effrayée par l’objectif. Un couple de fermiers dégage une infinie solitude. Un étudiant en médecine trône à côté d’un crâne posé sur ses manuels. Un petit garçon aux yeux clairs porte un large chapeau noir et disparaît à moitié dans un pantalon trop grand pour lui… tant de lambeaux de vie, plus émouvants les uns que les autres.

Longtemps confiné dans les marges de l’histoire, le tintype connaît aujourd’hui une véritable reconnaissance (en particulier depuis l’exposition en 2008 à l’International Center of Photography de New York), de même que l’engouement de collectionneurs de plus en plus nombreux, enthousiasmés par ces images à la fois séduisantes et émouvantes, témoignages uniques de pans entiers de la culture vernaculaire américaine.

  • American Tintypes
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À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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