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Ailleurs, Expos

Munch – L’aventure des Stein – Pompéi, Paris

Une journée chez Pompidou

Que de riches propositions à voir actuellement à Beaubourg, avec Munch, Kusama et Dotremont !

Evard Munch est généralement considéré comme un artiste du 19è. Sa peinture à tendance symboliste ou pré-expressionniste trouve sa place auprès de Gauguin et Van Gogh. Or, Munch a réalisé la majeure partie de ses œuvres après 1900. Une autre idée reçue en fait un artiste solitaire, tourmenté, omnibulé par son univers intérieur. Pourtant, Munch voyage, va au cinéma, écouté la radio, lit la presse internationale.

Edvard-Munch-Exhibition-2011-Pompidou-Paris1Structurée sur 12 thèmes, l’exposition donne à voir des aspects méconnus de l’artiste. On découvre sa propension à la reprise de sujets. Ainsi, il peint six versions de « L’Enfant malade », autant de copies des « Jeunes filles sur un pont », plusieurs versions de « Puberté ». Ces reprises sont présentées ici en deux ou trois versions, dont chacune provoque une émotion différente, induite par un traitement différent de la couleur et des volumes.

urlLa section « Autobiographie » donne à voir la propension – ô combien moderne – de Munch à se prendre en photo dans la vie quotidienne. Par ces clichés, il semble chercher à fixer le temps qui passe et à définir de quoi il est fait. Dans la salle « Espace optique », on comprend comment ses compositions sont influencées par le cinéma : frontales, spectaculaires, cadrées, elles intensifient le lien entre la toile et le spectateur, qui est comme happé par celle-ci.

cd8393a_0L’artiste réalise chaque année un  autoportrait peint, comme s’il était déterminé à enregistrer le passage du temps. Cette part de son œuvre permet de reconstituer une fascinante autobiographie visuelle. Une des dernières toiles à voir ici, « Autoportrait. Entre l’horloge et le lit », présente Munch, debout, les bras pendant, désoeuvré. Il se tient figé entre l’horloge et le lit, mais aussi entre deux pièces, une chambre sombre et une salle baignée de lumière. Entouré de symboles de la mort, le personnage semble vaciller. Une puissance d’évocation qui rend l’œuvre fascinante. Les dessins réalisés à 67 ans, alors qu’une hémorragie dans l’œil altère sa vision, présente des aspects extrêmement modernes : la démarche d’introspection creuse, au-delà des pensées et des angoisses, dans la chair et le sang.

Yayoi Kusama, artiste japonaise, donne à voir un ensemble d’œuvres hallucinogènes dont une très belle chambre habitée de mille lumières et un groupe  de tentacules molles, dressées sur le sol en une forêt couverte de points. Au travers de la présentation chronologique, on perçoit le chemin qu’emprunte l’artiste et, au-delà de sa folie assumée, la puissante cohérence de son travail.

CM6u4e4G9x1H-WNUddgqHMq9NYk Les hallucinations l’habitent depuis son plus jeune âge. La première tient aujourd’hui de la légende : à 10 ans, elle fixe un dessin de fleurs rouges sur une nappe, et ce motif, comme gravé sur sa rétine, se reproduit sur tout ce qu’elle regarde. Résultat : dans ses œuvres, ses fameux « dots » envahissent sculptures molles, tableaux et murs, jusqu’à engloutir le spectateur. Dès 1958, quand elle débarque à New York, Kusama multiplie les performances débridées et engagées. Elle rentre au Japon il y a 38 ans, et y vit, à sa demande, dans un hôpital psychiatrique, continuant à travailler frénétiquement. Les dernières toiles produites en 2010 sont magnifiques. Passionnant.

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Belle proposition à découvrir l’œuvre du belge Christian Dotremont. Ses logogrammes sont des poèmes, des dialogues, des petites musiques ou des coups d’éclat. Dynamisme, altération, distortion : les lettres et les signes deviennent de mystérieux messages. En deux petites salles, l’œuvre libre de cet ami des surréalistes et du mouvement CoBra s’offre pour la première fois au public parisien.

L’aventure des Stein

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Les Stein s’installe à Paris au début du XXè siècle. : Gertrude, écrivain d’avant-garde, avec son frère Leo et Michael, l’aîné, avec son épouse Sarah. Premiers acheteurs de Matisse et Picasso, ils accueillent chez eux toute l’avant-garde artistique et constituent ainsi une des plus étonnantes collections d’art moderne. L’exposition réunit un ensemble exceptionnel d’œuvres de Renoir, Cézanne, Picasso, Matisse, Bonnard, Valloton… Leo, esthète sensible et lettré, forme son regard à travers un tour du monde en 1895 de nombreuses lectures.

Avec sa sœur, il fait partie des visiteurs du premier Salon d’automne, en 1903. C’est Matisse qui lui fait la plus forte impression. En 1905, avec sa sœur, il découvre Picasso aux galeries Serrurier. A partir de cette rencontre, les Stein acheteront régulièrement des toiles de Picasso, lui permettant de sortir de ses soucis d’argent. L’année suivante, Leo acquiert une œuvre de Matisse qui fait scandale : « La femme au chapeau ». Ces acquisitions et les suivantes vont de pair avec une réflexion sur l’art, dont Leo analyse les fondements. L’appartement de Leo et Gertrude ainsi que celui de Michael et Sarah deviennent rapidement des lieux de rencontrent et de rivalité pour les artistes.

LAVENTURE-DES-STEINA voir une quantité exceptionnelle de Matisse et de Picasso, des Gauguin, des Renoir… On pointe le « Meneur de cheval nu », de Picasso, le réjouissant « Thé dans la jardin », de Matisse, un portrait de Gertrude Stein par Picasso, une allégorie de Matisse : « Le luxe ». Intéressante présentation de la villa moderniste construite par Le Corbusier pour la famille Stein. Extraits de film, photos et lettres soutiennent le propos et l’incrustent dans son époque. Incontournable.

  • Matisse, Cézanne, Picasso… L’aventure des Stein
  • Grand Palais
  • www.rmngp.fr

Pompéi didactique 

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C’est la « domus pompeiana », la maison pompéienne, qui est évoquée dans cette exposition bien menée au musée Maillol. On y découvre ses pièces les plus célèbres et traditionnelles : l’atrium, le triclinium et la culina, le peristyle autour du jardin, le balneum, le venereum… avec leurs fresques, objets et sculptures. Deux cents œuvres venant de Pompéi et d’autres sites vésuviens sont ainsi présentées. Ont fait le voyage, deux silhouettes couchées et recroquevillées en plâtre arrachées à l’oubli par les archéologues, qui ont versé du plâtre dans les cavités qu’ils trouvaient dans les cendres ainsiq eu quelques belles sculptures. Les fragments de fresques aux couleurs fânées sont magnifiques. Dans la cuisine ustensiles et petites cuillères, à l’étage, les bijoux de la maîtresse de maison, vases en verre, coffre et baignoire en bronze. Le raffinement était présent dans toutes les pièces. Pour clore la visite, une petite salle présente quelques objets érotiques, dont un réjouissant phallus ailé.

Paru en 2011 dans L’Echo 

 

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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