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Portraits

Hé, klet !

« One second buying » : la carte postale doit déployer ses charmes en un instant fugace, le temps pour son admirateur de la saisir et d’en faire l’achat, pour l’emporter chez lui. Tous les éditeurs de cartes postales le savent. Ils savent aussi que toutes les images ne passent pas l’épreuve de la réduction au format d’une carte postale. Tout un art, donc.

François de Coninck, éditeur de klet & ko, sait doublement de quoi il s’agit puisqu’il propose essentiellement des reproductions sur cartes postales d’œuvres d’artistes contemporains, avec une ligne éditoriale pointue, mordante, drôle, subversive. Présentes dans les musées, centres d’art et librairies, les cartes klet & ko, dont on commence sérieusement à entendre parler, ont un supplément d’âme qui sied bien à l’amateur d’art. Il est vrai qu’avec l’évolution des musées ces dernières décennies, les boutiques et restaurants des lieux d’exposition sont très souvent mis en avant, dans un souci de promotion et de merchandising culturel.

A l’origine de ce projet d’édition, une certaine conviction : de part et d’autre de la frontière linguistique, la Belgique regorge d’artistes de tout poil et de toute plume, iconoclastes, subversifs et joyeux. Peu ou mal connues du public, leurs œuvres ne sont souvent fréquentées que par un cercle restreint d’initiés – amateurs de « curiosa » et de publications confidentielles dont la Belgique s’est faite une spécialité. L’intention originelle du projet de klet & ko est de faire exister un peu plus, voire un peu mieux ces artistes dont on entend si souvent dire qu’ils ne « savent pas se vendre ». En 2006, une première collection à cheval sur la lettre et l’image voit le jour avec la complicité des éditions Yellow Now : « 24 cartes à jouer, envoyer ou abattre » proposent un choix d’œuvres de Daniel Arnaut, François de Coninck, Dries Meddens et Laurent d’Ursel. En 2007, à l’occasion de l’inauguration du Bozar Shop à Bruxelles, une nouvelle collection est créée qui ouvre largement ses portes à l’art contemporain, de Belgique ou d’ailleurs.

La baseline de la maison d’édition  – « curating the postcard » – est une première invitation à l’ironie et à la légèreté, puisqu’elle joue sur le terme anglais « curator »  qui désigne le  commissaire d’exposition, un job auréolé de prestige dans le monde de l’art contemporain. L’idée étant d’utiliser un support populaire et bon marché pour éditer une œuvre de grande qualité. Un deuxième but avoué : démocratiser l’art contemporain. En effet, via ce petit bout de carton qu’est la carte postale, les artistes rendent visibles et font circuler leurs œuvres.

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« Dans ce monde où la virtualité l’emporte », explique François de Coninck, « les gens ont besoin d’un peu de matérialité. La carte postale est bien réelle et traverse tous les genres, par son petit format, son petit prix. Je travaille avec des artistes en éditant soit une œuvre existante, soit une œuvre réalisée spécialement pour ce format particulier. Le travail de sélection d’images est très particulier et passionnant. »

Sans faire trop de concessions à ce qui se vendrait le mieux, klet & ko a infusé de très nombreuses boutiques de musées depuis sa création. Ainsi, elle est présente dans plus de 30 musées et une vingtaine de librairies en Belgique, en France et en Suisse. Pour la France, la distribution est faite par Arcaldion. Les ventes croissent doucement et progressivement et profitent principalement de la qualité du contenu. François de Coninck sélectionne, édite, offre une impression de qualité, mais c’est lui aussi qui s’occupe de la diffusion, de la distribution et du réassort en Belgique. C’est donc lui qui remet du stock dans les tourniquets du Wiels et du Bozar, par exemple. Un travail énorme, qui lui permet de diminuer les coûts, mais aussi de rester en contact étroit avec sa clientèle. Il raconte, en souriant, que son stock est déposé dans son salon et qu’être éditeur indépendant, c’est aussi porter des caisses et faire des livraisons. Sa maison d’édition fonctionne sous le statut de sprl, et lui-même comme indépendant.

Cette activité d’édition se couple avec d’autres activités dans le champ artistique, car François de Coninck est aussi artiste, écrivain et commissaire d’exposition indépendant. Suite au développement de la collection klet & ko, il a pu démarrer des collaborations singulières avec différents acteurs du monde de l’art. Ainsi, pour un centre d’art en France, il s’est occupé du commissariat de l’exposition ainsi que de la création, de l’écriture et de la production du catalogue, sous forme d’un coffret de cartes postales accompagnées d’un livret. D’autres collaborations sont en cours et François cherche à développer des partenariats dans d’autres pays d’Europe. Son « know how » va de la création à l’édition, en passant par la production, le commissariat d’expositions, la sélection d’œuvres chez des artistes ou dans les archives d’un lieu. Une palette large et, surtout, un regard particulier, qui fait toute la force de celui-ci. L’un dans l’autre, les éditions klet & ko commencent donc progressivement à être rentables. Les artistes invités à travailler reçoivent 10% sur la première édition de 1000 exemplaires, en nature – soit 100 cartes, qu’ils peuvent utiliser pour leur propre promotion. En cas de retirage, ils sont payés en droits d’auteurs, aux barèmes usuels.

url-2La collection attire l’œil sur des sujets drôles, piquants, voire subversifs, toujours signés d’un grand nom ou d’un futur grand nom de l’art contemporain belge. S’y retrouvent notamment Emilio-Lopez-Menchero, Jacques Charlier, Jan Fabre, Jan Vercruysse, Pol Pierart, Laurent d’Ursel, Marcel Marien, Juan d’Outrelmont, Delphine Boël, etc…

Marché « de niche » puisqu’à l’exception de quelques centres d’art contemporains qui éditent leurs propres cartes, klet & ko est bien la seule maison d’édition de cartes postales d’art contemporain sur le marché belge. Pointu, joyeux, parfaitement qualitatif.

 www.kletandko.be

Paru en 2011 dans L’Echo

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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