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Expos, Lieux d'Art

Le musée d’Ixelles explose !

imgres-2Depuis quelques années, on peut dire que le Musée d’Ixelles pointe de plus en plus son nez dans l’offre culturelle de la cité. Plus de communication, expositions temporaires alléchantes, visibilité accrue… C’est ce déploiement qu’a voulu souligner le Prix des Musées en lui décernant son prix pour la ville de Bruxelles lors de son édition 2011.

 Chaque année, le Prix des Musées offre un montant de 10.000 € à un musée flamand, un musée bruxellois et un musée wallon. Le Prix des Musées est une initiative de la revue Openbaar Kunstbezit in Vlaanderen, avec le soutien du cabinet d’avocats Linklaters. Lors de la sélection, le jury prend en considération tous les aspects relatifs aux activités du musée, en accordant une attention particulière au renouvellement du public. Cette année, c’est le musée d’Ixelles qui remporte le prix pour Bruxelles. En Wallonie, c’est le Musée de l’orfèvrerie du château de Seneffe qui est mis à l’honneur ; et le M Museum de Louvain, en Flandres.

Un peu d’histoire

 Construit au début du 19ème siècle, les abattoirs de la commune d’Ixelles sont désaffectés fin du siècle et deviennent un musée, dès 1892. C’est un important don du peintre et collectionneur Edmond De Pratere (1826-1888) qui initie le musée. Celui-ci suscite beaucoup d’enthousiasme. Il est bientôt agrandi et un budget d’acquisition d’œuvres d’art est alloué par la commune, tandis que d’importants dons et legs viennent à leur tour enrichir les collections. Parmi les plus significatifs d’entre eux, celui de l’avocat bruxellois Octave Maus (1856-1919), qui compte plus de 200 œuvres impressionnistes, néo-impressionnistes et symbolistes.

 Par sa politique d’achat – rendue possible grâce au fonds communal et à celui des Amis du Musée – ainsi qu’aux dons et legs qui ont jalonné son existence, le musée d’Ixelles possède aujourd’hui une collection éclectique, dans laquelle les 19e et 20e sont privilégiés. Sa collection compte plus de 13.000 pièces. C’est le seul musée communal de cette ampleur. Tous les grands courants de la peinture européenne sont représentés, du 14è siècle flamand à nos jours en passant par le réalisme, l’impressionnisme, le luminisme, le néo-impressionnisme, le symbolisme, le fauvisme, l’expressionnisme, le surréalisme…

 Le musée possède la collection complète des affiches dessinées par Toulouse-Lautrec. Cette collection est un produit d’appel qui draine les visiteurs nationaux, internationaux, écoles, étudiants en graphisme… vers le musée. En sus, 700 affiches d’artistes belges ou européens, de la Belle Époque aux années 50, témoignent des premiers usages publicitaires. Avec leurs couleurs vives, leur compositions novatrices, leurs femmes typiques de l’Art Nouveau, ces affiches sont un régal !

Pour le 20ème s, on trouve des fauvistes, des futuristes, constructivistes, expressionnistes, surréalistes, CoBra, jusqu’au Pop Art…

 Entièrement financé par la commune, le musée reçoit 90.000 euros par an pour acquérir de nouvelles œuvres. Son choix, fait par une commission d’experts, se porte vers les jeunes artistes. Un sponsoring a été développé avec les peintures Levis, qui a permis la mise en couleurs des salles d’exposition de la collection permanente. Le bâtiment est entretenu et nettoyé par les équipes communales. 7 personnes travaillent au niveau administratif et 13 pour le gardiennage.

 La conservatrice, Claire Leblanc, nous explique les grands axes de développement du musée. Depuis 2007, elle s’est attachée à rendre plus solide et plus international l’enracinement du musée. « Les objectifs du musée sont axés sur trois pôles : la communication, une programmation attrayante et internationale, et des coproductions, comme, par exemple, avec le Musée d’Orsay à Paris, le Musée Berardo à Lisbonne, le Musée d’Art Moderne et Contemporain à Strasbourg.»

« Nous avons ouvert notre service éducatif en avril. Celui-ci propose des animations et stages pour tous les publics, notamment les écoles et les familles. » explique encore Claire Leblanc. « Le musée n’avait pas de site internet jusqu’à il y a quelques mois! Nous avons inauguré notre site en mai. Nous avons aussi engagé un responsable communication et presse. J’entends beaucoup dire ces derniers temps que le musée a pris de l’étoffe et de la visibilité. C’est encourageant. Et, bien sûr, le Prix des Musées est un encouragement supplémentaire.»

 Un parcours explosif

 Depuis mi-juin, « Explosition », la nouvelle expo temporaire montre pour la première fois à Bruxelles, dans un cadre muséal, le travail de graffeurs et autres artistes intervenants sur les murs de la ville depuis 25 ans. Une audacieuse programmation qui mêle un art urbain, à la frontière de la légalité, et un lieu d’exposition classique et ancré dans la ville.

Le jeune commissaire de l’exposition, Adrien Grimmeau, a utilisé son réseau pour convaincre les graffeurs, artistes urbains, créateurs de stickers et squatteurs de murs d’oser entre dans un musée pour y dévoiler leur production. Il a réalisé, à la suite d’une vaste étude sur le sujet, un très beau livre, qui fait office de catalogue de l’exposition.

 Le parcours s’ouvre par des œuvres du graffiti new-yorkais (dont Keith Haring) montrées à Bruxelles en 1984. Car c’est par le biais du réseau artistique que le graffiti est arrivé chez nous! C’est un hasard si au même moment, une poignée d’adolescents bruxellois s’essaient à la pratique. Le musée présente des objets appartenant à ces pionniers du mouvement et jamais montrés jusqu’à ce jour : carnets d’esquisses et autres souvenirs d’époques prouvent leur passion et le travail intense de préparation. Car le graffiti est vécu par les artistes comme une performance. C’est un art éphémère, rapide. Le processus de fabrication, la nuit, de manière très rapide, avec son plein d’adrénaline, est important, au moins autant que le résultat. La majorité des graffeurs gardent un journal précis de leurs aventures nocturnes, avec les éventuels problèmes rencontrés. En principe, une certaine éthique régit leur production, qu’ils ne font jamais sur des habitations privées, contrairement aux taggeurs, qui déposent une signature, chaque fois la même, sur le plus d’endroits possibles.

 La deuxième partie de l’exposition présente le travail contemporain d’artistes issus du graffiti. On les appelle les néo-graffeurs. De Arne Quinze avec une très belle cabane rouge fluo, aux Hell’O Monsters et leurs petits personnages qui peuplent les murs de Bruxelles sous forme de stickers, en passant par le désormais bien connu Jean-Luc Moerman et ses volutes sinueuses ainsi que les visages graphiques que Denis Meyers collent partout. Ne pas oublier Bonom, dont on découvre les sublimes dessins préparatoires et quelques photos de ses réalisations. Bonom, c’est le gars qui dessine un squelette de dinosaure sur la façade d’une banque, un squelette de poisson tout en haut d’un immeuble du boulevard de Waterloo. C’est lui qui a investi des bâches de chantier du Palais des Congrès en travaux, sur lesquelles il dessina un grand lion. De très grands dessins dont on ne peut qu’admirer le rendu et le jeu des traits sur l’architecture qui les supportent. Il faut imaginer cet artiste installé depuis 2005 à Bruxelles, peindre la nuit, suspendu à un fil, dans un geste rapide, avec un sens étonnant des proportions. Toutes ses performances sont prises en photos puis archivées. Remarquable.

urlEn sus de l’expo, plusieurs interventions artistiques auront lieu à Ixelles. Un parcours dans la commune pour découvrir les plus beaux graffiti est proposé au visiteur en prolongement de son parcours dans l’exposition. Ouvrez les yeux !

Paru en 2011 dans L’Echo

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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