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Expos

Un monde perdu

 

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On a peine à croire qu’une œuvre architecturale, celle de Victor Horta, célébrée en son temps, ancienne d’un peu plus d’un siècle, construite avec un savoir-faire magistral et des matériaux de qualité se soit révélée si fragile. Son histoire pourrait être le thème d’une fable moderne.

Une fable dont les acteurs modernes partiraient en quête de maisons perdues, et dont ils auraient retrouvé soit une coquille vidée de son contenu et cachée sous des couches de peinture, soit seulement quelques blocs de pierre sculptés et ferronneries aux gracieux entrelacs. Tel est le destin malheureux de nombreuses maisons construites par Horta, dont on fête les 150 ans de naissance cette année.

Lorsque, au milieu des années 90, François Schuiten et Benoît Peeters, auteurs de la série BD  »Les cités Obscures » – dont l’univers s’inspire entre-autres des architectures de la fin XIXe -, découvrent que la Maison Autrique est à vendre, il est évident qu’il leur faut faire quelque chose. Une grande aventure commence, à laquelle seront associés nombre de partenaires. Depuis l’année de sa construction, 1893, la Maison Autrique a connu de nombreuses transformations. Il a fallu retrouver l’esprit original qui animait Horta dans sa création.
Peu de documents anciens étaient disponibles. On se mit à l’écoute de la maison à la manière d’un archéologue : sonder les sols, les murs, ôter la peinture couche par couche, observer tous les détails.

De la restauration est née une Maison Imaginaire, dont la visite est aujourd’hui scénographiée par Schuiten et Peeters. Dès l’entrée, tout est mis en place pour un voyage à travers le temps. Au bel étage, on trouve, posée comme une sculpture naufragée, un morceau de rambarde de l’hôtel Aubecq. Les cuisines et laverie du sous-sol, avec leurs casseroles et linge séchant sur un fil, sont attendrissantes. Au premier, quelques robes de soie et dentelles attendant, posées au bord du lit. L’exposition présente de nombreux plans originaux des différents bâtiments bruxellois construits par Horta. A l’étage suivant, une évocation de Anna Boch, peintre contemporaine et amie de Horta, qui dessina des projets de tapis pour elle. Dans la bibliothèque, on peut voir un intéressant film des années 70, sorti des archives de la Cinematek, sur le destin tragique de la Maison de Peuple. Au grenier, l’imaginaire prend le dessus, avec une mise en scène de l’atelier d’un inventeur fou, personnage des « Cités Obscures ». La visite, ludique, est à faire sans souci avec des enfants.

  • Victor Horta, un monde perdu
  • La Maison Autrique
  • Bruxelles
  • www.autrique.be

url-3L’Hôtel Aubecq était une des œuvres dont Horta s’enorgueillissait. Jamais client et architecte ne furent plus reconnaissants l’un envers l’autre, jamais famille ne fut mieux d’accord pour aimer la maison et y vivre. La maison fut démolie en 1950, comme la plupart des hôtels de maître de l’avenue Louise. Le mobilier fut dispersé entre musées et collectionneurs. Un drame dont on comprend à peine aujourd’hui toute l’absurdité. La façade qu’on découvre sur les anciennes photos, déploie une grâce et une élégance, un rythme personnel et un style unique. Qui a pu penser qu’un immeuble à appartements pouvait être plus intéressant, à part quelques promoteurs ignares ! Une partie de la façade, démontée, attend toujours un remontage… Elle est à voir, actuellement, en morceaux, ruines d’un monde passé ou rêvé, telle un vestige archéologique, dans un entrepôt.
Les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique accueillent une vingtaine de pièces de mobilier ainsi que des plans d’archives et autres documents permettant de comprendre ce que fût le bâtiment. A nous de déployer beaucoup d’imagination pour remettre en place telle chaise en bois tourné et tel bureau tout en courbes dans l’hôtel fantôme.

Paru en 2011 dans L’Echo

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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