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Galeries

Pierre, papiers, coutures

images-1D’un bloc de pierre bleue, émerge une silhouette : l’épaule, le bras et la main, définis, puissants, le visage encore chiffonné, flou. De cet autre bloc, une mère et son enfant, suggérés seulement par deux têtes, l’une blottie entre les épaules de l’autre. Epaules puissantes, droites, sorties de la pierre en deux diagonales pleines de vie, définies par le burin. La tête de l’enfant, cachée, hâchée par les traces de l’outil. Mais encore, ce torse de jeune homme, plié, souple, qui danse, presque, tentant de s’échapper de la matière si puissante : une douceur d’épiderme dans le traitement de la pierre, un velouté, retenu par la base de la sculpture, ce bloc brut, immuable, plein, lourd, dense.

Toutes les sculptures de Philippe Desomberg expriment ce combat entre la matière inerte, brute, puissante et le geste du sculpteur qui y fait naître une forme souple, extraite avec volonté et assiduité. La tension de ces deux pôles, on la sent, elle ravit l’œil, donne tout son sens à l’oeuvre. La thématique du corps humain, constamment présente chez cet artiste, évoque un questionnement profond sur ce que c’est d’être humain – de chair, de sang et d’âme.

Philippe Desomberg, né à Charleroi en 1945, étudie à l’Académie des Beaux-Arts de Lille puis à l’Académie Royale de Bruxelles, section peinture. Simultanément il suit les cours du soir de l’Académie de Watermael-Boitsfort, en sculpture. Dès 1976 et jusqu’en 2009  il est professeur de sculpture à l’Ecole des Arts de Braine l’Alleud.

Il présente un ensemble de sculptures en pierre bleue et des petites pièces en terre cuite, ainsi que des dessins au fusain ou au bic sur papier, évoquant encore des silhouettes humaines émergeant d’un coin sombre et dense. On retrouve la même marque sur le papier que sur la pierre, faite de petits traits répétitifs. Une longue quête de sens, puissante et évocatrice.

  • Philippe Desomberg
  • « L’humaine condition »
  • Galerie 2016
  • Bruxelles

Papiers 

url-1Depuis mai de cette année, un ensemble de gravures, lithos, lettres et céramiques de Picasso et de son entourage sont à voir sur le site remarquable du Oud Sint Jan de Bruges, l’un des plus anciens hôpitaux d’Europe. Initiative privée, cette exposition permanente est rendue possible par le prêt d’œuvres issues de collections privées.

Plus de 120 gravures et lithos de Picasso sont à découvrir, accompagnées de lettres et de quelques céramiques… On pointe les dessins lithographiés de Jean Cocteau, qui croque avec beaucoup de verve Picasso dans son atelier. Quelques œuvres de son épouse Dora Maar et de sa compagne Françoise Gilot. Ainsi que le premier film –réalisé par un belge – qui montre Picasso au travail.  Une salle est réservée aux affiches, lithos et reproductions de la colombe de la paix, que Picasso extrait de l’histoire de l’art pour la transformer, dès 1949, en symbole de la paix, largement repris depuis. D’autres thèmes : la danse, la tauromachie, les masques. Intéressante série réalisée uniquement en repoussé sur papier chiffon.

A l’étage, un tout nouvel accrochage de 60 lithos de Miro, nous faisant découvrir différentes époques de sa longue carrière d’artiste. On y retrouve tout son vocabulaire formel ainsi que son alphabet si personnel fait d’étoiles, échelles, lune, oiseaux et tourbillons… qui se simplifie avec le temps pour devenir boules de couleurs et tache d’encre.

L’exposition utilise les longs couloirs de ce vaste bâtiment en carré, qui étaient inutilisés. On déplore la couleur brun chocolat des murs, qui écrasent un peu les œuvres. La scénographie est agréable, accompagnée d’un parcours ludique pour les enfants. Dans l’offre des musées à Bruges, voici le seul lieu qui présente de l’art moderne.

  • De Pablo Picasso à Joan Miro
  • Oud Sint Jan
  • Bruges

Coutures

article00Ah, mais non ! Ne vous laissez pas avoir par le titre ! Sarah Crowner, artiste américaine née en 1974, fait un spectaculaire travail de réappropriation du langage formel de l’art futuriste. Inspirée par les décors de théatre des artistes des années 1910 à 1920, elle coud des pièces de tissus : toiles à peindre, toiles peintes, tissus industriels, pour former une œuvre patchwork qui offre au premier regard l’aspect d’une œuvre moderniste. C’est assez troublant.

L’accrochage à la galerie Catherine Bastide est étonnant : une estrade oblige le visiteur à se hisser un peu en hauteur, pour admirer l’ensemble des toiles aux formes géométriques accrochées les unes contres les autres comme un décor de théatre. En s’approchant, on découvre les coutures, les mélanges de matières, la patience de l’assemblage. Un lien entre les Arts and Crafts et l’art contemporain se fait, dans une expression interdisciplinaire touchante et passionnante. Le masculin et le féminin se mélangent. C’est joyeux, soudain, quand on a compris ce qui porte l’artiste. Il y a un savoir-faire, un travail sur les couleurs, les matières, parfois des aplats de couleurs par-dessus. Ca danse, ça vibre, ça résonne de tout ce vocabulaire formel qui fait partie de notre histoire de l’art. Et c’est étonnamment actuel. Un des meilleur solo show de la rentrée.

  • Sarah Crowner
  • Galerie Catherine Bastide
  • Bruxelles

 

Paru en 2011 dans L’Echo

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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