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Lieux d'Art

L’iselp fête ses 40 ans


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Dans le maillage de lieux d’exposition de l’art actuel à Bruxelles, il existe un réseau dense de galeries internationales. Mais peu, très peu de lieux publics. Depuis la fermeture des salles d’art contemporain au musée des Beaux-Arts, l’art actuel et émergent est le parent pauvre de la politique culturelle de la cité. Deux lieux incontournables, néanmoins : le Wiels et L’iselp.

L’iselp, situé sur le boulevard de Waterloo, fête ce week-end ses 40 années d’existence. Quatre jours de festivités qui sont le prétexte à se pencher sur l’histoire de ce projet protéiforme, né en 1971, encore une fois, de la volonté, de la passion et de l’inconscience (dit-elle) d’une seule personne, Gita Brys-Schatan. Historienne de l’art, elle désirait partager ce bonheur toujours renouvelé qu’elle avait à découvrir les artistes plastiques émergents. Au début de la décennie 70, on assiste à la vague des artistes conceptuels. Il y a une claire rupture entre leurs propositions étonnantes et troublantes, les institutions muséales et le public.

40 ans d’histoire

L’Institut Supérieur pour l’Etude du Langage Plastique – L’iselp – démarre, dès 1971, sous la forme d’une asbl, avec des bénévoles et des professeurs, des cycles de conférences sur l’art contemporain. Ces cycles existent sans lieu, accueilli d’abord dans les locaux d’un antiquaire puis de La Cambre. Pour rémunérer les professeurs, la fondatrice imagine de demander à divers artistes une sérigraphie qui sera vendue au profit de l’institut, une formule « 500 ex. à 500 FB », à laquelle participèrent Folon, Delahaut, Vandercam, Point, Moebius, etc. En 1975, L’iselp reçoit une reconnaissance des pouvoirs publics et des subsides de la Commission française de la Culture de l’Agglomération de Bruxelles (future Cocof). On attribue à L’iselp un bâtiment étonnant : les anciennes écuries du palais d’Egmont, propriété de la ville de Bruxelles, dont la partie donnant sur le parc sera rénovée. La future Communauté française octroie bientôt à son tour des subsides. Dès 1975, Gita Brys-Schatan conçoit et organise des expositions, c’est elle qui se charge de sélectionner les artistes. L’objectif est d’exposer des créateurs actuels, de se situer à la source de la production artistique belge.

En 1999, le bâtiment de L’iselp se voit offrir une nouvelle phase de rénovation, qui permet de prolonger le bâtiment jusqu’au boulevard de Waterloo et d’avoir enfin pignon sur rue. On y trouve une grande salle d’exposition avec mezzanine, une librairie-boutique et un restaurant exploité par un indépendant. 2011 voit s’achever la dernière phase de travaux prévus. Une autre aile s’ouvre, de l’autre côté de la ruelle pavée qui mène au parc. Ainsi qu’une salle multi-média, de nouveaux espaces de bureaux, un centre de documentation, qui accueille le fonds de l’ancienne bibliothèque du centre d’art contemporain de la Communauté française…

Nouvelle direction

En 2002, la direction de L’iselp est reprise par les deux assistants de Gita Brys-Schatan, Arlette Lemonnier et Eric van Essche. Depuis 2 ans, ce dernier assure la direction générale f.f. Eric van Essche explique avec passion comment il entend développer cet institut dont la vocation est de donner à voir et à comprendre l’art contemporain. Il a organisé la structure en 6 pôles. Le premier est chargé de la mise en place des expositions, le deuxième organise les cours et conférences, le troisième s’occupe de la recherche. Les trois pôles suivants sont les pôles de soutien logistique, à savoir : les pôles secrétariat, régie technique (montage des expos, entretien du bâtiment) et communication. Douze personnes travaillent sous contrat ACS. Le directeur et son assistant sont payés directement par l’asbl, qui engrange des revenus via les cours et conférences, les cartes de membre, la boutique et le restaurant. « J’insiste sur le travail d’équipe, explique Eric van Essche, je conçois d’abord ma fonction comme celle d’un coordinateur. Si j’impulse des idées et lance des projets, je favorise surtout la créativité de mes collaborateurs. Avec chaque pôle, nous avons, bien entendu, commencé par définir une ligne claire assortie d’un cahier des charges. »

« Aujourd’hui, plus que jamais, l’initiation du public à l’art de notre époque reste un défi à relever. En montrant et en expliquant la création actuelle, L’iselp contribue à la diffusion de la culture contemporaine et à la compréhension de notre présent à l’aide du regard porté par les artistes sur le monde d’aujourd’hui. » explique encore Eric van Essche

« Chaque année nous organisons au moins trois expositions, l’une monographique, pour un artiste déjà confirmé, qui développe un projet in situ pour la grande salle. Une exposition collective dans laquelle nous mixons jeunes pousses et artistes plus âgés, ainsi qu’une exposition en partenariat avec une autre institution (par exemple, Les Halles de Schaerbeek ou le réseau Via Ceramica…) Dans notre nouvelle salle, « l’atelier », nous inviterons chaque année deux artistes en résidence pour deux mois. Cette nouvelle salle sera aussi ouverte deux mois par an aux jurys des écoles d’art (La Cambre, l’Erg, l’ARBA, le 75…). », continue Eric van Essche. Cours, conférences, conversations, colloques, projections, concerts, voyages, accès au centre de documentation, la programmation de L’iselp est vaste et protéiforme.

Comment vous situez vous par rapport au musée des Beaux-arts et par rapport au centre d’art Wiels ? « Nous sommes en amont. Notre objectif est de montrer des artistes émergents, les nouvelles carrières. » Ajoutons que L’Iselp, emboîtée dans le paysage urbain du centre-ville, propose une démarche de cueillette de jeunes plasticiens de manière locale, alors que le Wiels déploie plutôt une activité tournée vers l’international.

On note aussi que le restaurant sera investi chaque année durant douze mois par un artiste sélectionné par concours, qui utilisera l’espace pour déployer une création in-situ. Le graveur Frédéric Penelle a la primeur. Il essaime le long des murs un réseau d’images oniriques sur le thème de Bruxelles, habitée par d’étranges animaux ou personnages. Les gravures sont rehaussées de petites boîtes-vitrines et de quelques objets ready made. Et le renouvellement de la boutique, qui présentera désormais des objets, bijoux, céramiques, textiles, etc… de jeunes créateurs. Cet espace à la fine sélection est un sas parfait entre le boulevard de Waterloo et ses boutiques de luxe et les espaces d’exposition à l’arrière.

Jusqu’à dimanche, un flot appétissant d’évènements : une séance académique qui fêtera la fondatrice de L’iselp, Gita Brys-Schatan ; le vernissage de l’expo « Célébration(s) », ainsi que celle de l’installation d’Isabelle Bonté qui fait le lien entre les deux ailes ; quatre plasticiens dans le parc d’Egmont ; une lecture-performance de « 40 textes remarquables sur l’art », le démarrage d’un cycle de 9 mois qui présente 40 films sur le thème de la célébration (Ne ratez pas « The Party, de Blake Edwards, le 4 octobre !), … une apothéose avec concert et apéro-dansant le dimanche à partir de 18h.

http://www.iselp.be

Paru en 2011 dans L’Echo

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

Discussion

2 réflexions sur “L’iselp fête ses 40 ans

  1. Oui, j apprecie ton ouverture et la simplicité avec laquelle tu partages tes rencontres.. Tu y vas d abord avec ton coeur ou tes tripes. Mu, peux tu me dire comment faire pour m abonner?je te signale qu a 4 h y a une rencontre avec walter swennen au wiels.

    Publié par dominique willemart | 12 janvier 2014, 12:07

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