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Expos, Lieux d'Art

Qu’ont-il vus ?

 

 Comment les artistes digèrent-ils les images ? Les affiches dans la cité, les images de la télévision, d’internet, tout cet univers d’hyper-images, de sollicitations continues de l’œil, qu’en font-ils ? Après les images, que fait un artiste ? Comment réagit-il ? Que sélectionne-t-il dans et pour son univers affectif et réactif ? C’est le propos qui occupe l’exposition présentée actuellement au Musée Juif, montrant les œuvres d’artistes américains récents, tirées des meilleures collections privées belges.

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L’exposition est née de la collaboration de la commissaire Fionna Meade et de la galeriste Catherine Bastide, aidées de collectionneurs, comme Charles Berkovic.

 

Toujours très lumineuses, les salles du bâtiment arrière du musée se prêtent parfaitement à la présentation d’un ensemble éclectique d’œuvres de grand format. La sélection est pointue et le propos, clair.

Lorna Simpson propose « Gather », un ensemble de 22 photos noir et blanc trouvées – la plupart sont des portraits -, associées à 15 dessins à l’encre. Un travail sur des archives fantômes, qui disparaissent derrière le propos esthétique de l’artiste.

L’artiste Kelley Walker travaille aussi à partir de photos, en grand format, comme avec ce tryptique de clichés de star de la culture pop, tel Andy Warhol, dont la surface est recouverte de grandes taches de peinture, dans un geste rageur. Un dyptique du même artiste présente un montage de plusieurs photos aux couleurs fanées, où les sujets disparaissent, comme disloqués par leur représentation.

Toujours du côté de l’appropriation de photos, voici John Baldessari, qui creuse une large forme géométrique, laquée de jaune vif, au milieu d’une large photo noir et blanc. Celle-ci perd son sens, mais devient puissante…

Dans un grand cliché de Sharon Lockart, une jeune femme penchée sur un puzzle, prend des airs de tableau de Vermeer. En peinture, le geste ultime et totalement dédramatisé de Gedi Siboni, avec « Owl.a » à l’acrylique sur un grand carton brun qui ondule sous la couche de peinture aléatoire, est posé contre le mur comme un objet fragile et sans valeur. Quelques installations, comme l’étrange « Dog in a Londonfucker » de Ryan Trecartin et Lizzie Fitch, dont émane beaucoup d’angoisse.

Beaucoup de vidéos, dont un hypnotique « Cave », de William Pope L., qu’on regarderait bien durant des heures. En redescendant le grand escalier, admirez l’impression sur un large papier plié/déplié, « Beyond the pale »,  de Jack Pierson, qui mêle avec beaucoup de grâce photo et mise en volume.

  • After Images
  • Musée Juif de Belgique
  • Bruxelles

Paru en 2011 dans L’Echo

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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