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Galeries

De l’inconscient, de la folie

Il y a Dali, il y a De Chirico et il y a Max Ernst qui peuplent et hantent les toiles de Jorge Queiroz. Etonnant voyage que nous propose ce peintre né à Lisbonne qui vit et travaille à Berlin. L’espace de la galerie est saturé de grandes toiles plus mystérieuses les unes que les autres accrochées dans un fouillis à décrypter en une lente et longue contemplation.

img_3707Jorge Queiroz, habitué à travailler sur papier, aborde aujourd’hui la toile. Les couleurs et les matières, posées en un processus lent, en plusieurs couches, évoquent un univers psychanalytique d’introspection, de rêve, de creusement intense dans la pensée archaïque. C’est comme si l’artiste cherchait à aller toujours plus profondément dans son être intérieur, peuplé de formes étranges, tunnels, êtres plus ou moins humains, puis des tendresses et des colères.

Dans « Symetrical Owl », une large zone d’orange occupe le haut du tableau, comme un jour ensoleillé. On y trouve un personnage, presque fondu, une ombre. Dessous, une zone sombre, sous terre, ou sous la conscience. Y cohabitent des formes, des évocations organiques, des suggestions. Le lien se fait par une main présentée à plat, la paume offerte au spectateur.

Chaque tableau peut se regarder sans fin, tant l’univers de Jorge Queiroz est nourri de notre histoire de l’art européenne. On y retrouve la Vienne cosmopolite, Freud et les débuts de la psychanalyse, la littérature, l’inconscient collectif et son imagerie, puis des traces de Jérôme Boch et de ses monstres. C’est intense, prenant, très parlant, comme une plongée douce et dangereuse.

  • Carlos Queiroz
  • Galerie Nathalie Obadia
  • Bruxelles

 De la folie

Carlos Aires ne peut imaginer la vie sans musique. Celle-ci, et toute la culture qui tourne autour, servent de surface à gratter pour l’artiste. Le titre de l’exposition : « I’ve got you under my skin », titre d’une chanson connue est à comprendre aussi comme une invitation à aller sous la peau de ce qu’il donne à voir. Né en 1974 à Madrid, il évoque avec puissance, dans le vaste espace de la galerie, son analyse de la religion, de l’univers de la corrida mais aussi les heures sombres du franquisme.

2010_Llorando_Crying_02Une très grande installation, « Lorando » pivot de l’exposition, est décrite par l’artiste comme autobiographique : un moulage d’un Christ déposé de la croix, doré à la feuille… A y regarder de plus près, on découvre que la plaie du côté a été déplacée pour se retrouver à hauteur du cœur. Sur le mur, 84 couteaux de cuisine, chacun gravé d’une phrase extraite d’une chanson d’amour : « Cry me a river », « How deep is your love », « You cut me open »… Voilà mis en lien l’amour et la mort, la souffrance et la violence, la foi et les passions humaines.

Plus loin, une belle série de 16 photos anciennes rehaussées de paroles de chanson d’amour, en relief et dorées. Carlos Aires joue aussi avec bonheur avec des 33 tours découpés au laser en de multiples formes : personnages, insectes… avec lesquels il crée des compositions directement sur les murs. Autre série intéressante avec des billets de banque découpés en forme de lettres avec lesquelles il déploie le texte d’une chanson légère.

Ca swingue et ça rock mais ça interroge aussi puissamment sur ce que évoque l’univers de la musique pop et la vie d’aujourd’hui. Dans une sorte de folie forte et légère.

  • Carlos Aires
  • Aeroplastics Contemporary
  • Bruxelles

Paru en 2011 dans L’Echo

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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