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La valise mexicaine

Les merveilleuses photos de David Seymour, dit Chim, sont à découvrir au Musée Juif de Bruxelles, après celles de Frank Capa en 2009. On retrouve les clichés de ce grand reporter-photographe, qui font partie de notre mémoire collective, comme cette « Femme à un meeting pour la réforme agraire », présentant une mère qui allaite son enfant au milieu de la foule. Cette femme, maigre et épuisée, dont le visage exprime tout l’espoir d’un peuple qui attend des réformes et des lendemains plus heureux.

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Originaire d’une famille juive de Varsovie, David Seymour, alias Chim, arrive à Paris en 1931 et y travaille pour des agences de photos. Il y fait la connaissance de Robert Capa et de Henri Cartier-Bresson. Plus tard, ils créeront ensemble l’agence de photographies Magnum.L’époque est riche en remous. En Europe tandis que les régimes fascistes menacent de plus en plus les démocraties. Les journaux utilisent la photographie pour émouvoir les lecteurs ou les gagner à leur cause. Chim y impose sa vision humaniste. Ses photographies donnent un visage aux revendications des grévistes, des manifestants et des dirigeants du Front populaire.

Au début de la guerre civile espagnole, il estl’un des premiers photographes dépêchés sur le terrain, avec Frank Capa. Le regard de Chim est plus intimiste que celui de son confrère, il aime photographier les enfants, les femmes, les hommes. Ainsi, pour le cliché des enfants réfugiés dans les souterrains de l’île de Minorque, durant les bombardements, Chim prend sa photo à hauteur d’enfant, amenant une vision plus dramatique et plus intime du moment.

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Même angle pour « Teresa », la fillette qui a grandi dans un camp de concentration et est photographiée en train de dessiner sa « maison » sur un tableau noir. L’enfant semble aussi grande que le spectateur, et son regard peut traverser l’espace à la verticale de l’objectif.

Plusieurs photos présentées ici ont été retrouvées en 2007 dans la « Mexican suitcase ». C’est une véritable saga miraculeuse qui a amené à la découverte de cette valise mexicaine (en fait, il s’agit de trois boîtes). Robert Capa, David Seymour et Gerda Taro, photographes, juifs et immigrés, déposent les rouleaux de leurs films faits entre 36 et 39 dans ces boîtes. Lorsque les troupes allemandes entrent dans Paris en 1939, Robert Capa fuit la ville pour rejoindre New-York. Il confie la valise au responsable de sa chambre noire. Celui-ci l’emporte de Paris dans vers Bordeaux (à vélo!) où il espère atteindre le Mexique par bateau. A Bordeaux, il confie la à un chilien qui part vers le Mexique. La suite du voyage reste un véritable mystère.

Le frère de Robert Capa les a recherchées durant plus de 60 ans. Il semblerait que la valise fut donnée à un ancien compagnon de lutte de Pancho Villa : le général Francisco Aguilar Gonzalez. Des années plus tard, le réalisateur mexicain Benjamin Tarver retrouve l’objet dans la succession du général. Il décide en 2007 de rendre cet héritage à  Cornell Capa, alors âgé de 89 ans.

Après une année de restauration et de numérisation du contenu de la valise, c’est une véritable mine d’or qui est à découvrir, à Bruxelles, pour ce qui est de l’œuvre de Chim, avec de nombreuses photos qu’on pensait perdues, mais aussi à New York au CTP, dans l’exposition « The Mexican Suitcase », pour les clichés de Capa, Taro et Chim.

  • David Seymour (Chim). Un photographe humaniste
  • Musée Juif de BelgiqueBruxelles
  •  
  • The Mexican Suitcase
  • New York
  • Paru dans L’Echo en 2010

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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