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Galeries

Bibliophile papivore

A regarder les œuvres de Lance Letscher sans savoir quel est son matériau de base, on se prend à plonger dans une contemplation pleine de réminiscences. Graphisme, couleurs, reliefs, textures attrapent l’œil et nous évoquent des souvenirs puissants et éphémères. C’est quand on reçoit l’information sur les matériaux de base de l’artiste que tout s’éclaire. Letscher travaille à partir de vieux livres, jaquettes de vinyl, pages manuscrites pleines de notes et albums illustrés pour enfants. Sa matière, c’est le papier imprimé.

 

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Sans le savoir, depuis le début, on se trouve dans une grande bibliothèque découpée en petits morceaux réorganisés. Les livres et les revues sont là. On les sent. On a envie de les prendre sur l’étagère et de les consulter. Letscher a collecté avec gourmandise des dos de livres aux rouges ou bleus fanés, quelques morceaux de toile de reliure, des pages cartonnées de livres pour enfants, quelques fins papiers typographiés ou manuscrits… Il a tout découpé. Toute cette belle matière est utilisée par l’artiste de manière extrêmement ludique. On sent dans ses collages  géométrique le plaisir du jeu de construction. Un bloc jaune, un bloc rouge, deux réglettes bleues. Souvent, un relief se crée de cette accumulation de matières cartonnées. Letscher puise dans ce puits sans fond qu’est l’objet imprimé, sélectionne, coupe, découpe et juxtapose en des collages à la précision et à l’harmonie intenses. Le livre imprimé, objet du quotidien, se transforme en une proposition graphique pleine de profondeur.

C’est la première fois que Lance Letscher, Américain né en 1962 à Austin expose en Belgique. Formé à la grave et à la sculpture, il travaille depuis de nombreuses années l’imprimé récupéré, avec un plaisir évident.

De Picasso à Kurt Schwitters, le collage est une forme d’expression moderniste transformant un objet « sans valeur » du quotidien en art, fusion de la réalité et de l’abstraction. Sous les mains de Lance Letscher, ce medium atteint une nouvelle tension, entre précision et légèreté. Son travail, prolifique, rappelle l’élégance  d’un haiku ou le travail du textile en patchwork. Il joue en effet avec des petits morceaux de mémoire collective mis bout à bout, créant une œuvre lumineuse, souvent très colorée, joyeuse.

  • Galerie Pascal Polar
  • Bruxelles
  • Paru en 2010 dans L’Echo

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

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