you're reading...
Expos

Ensor le tendre

prev_pfile108501_activity10059

 Pourquoi encore une exposition sur Ensor, lui qui a eu droit à une rétrospective au Moma de New York et à  Orsay en 2009 ?  Le Musée Royal des Beaux Arts d’Anvers étant actuellement en rénovation, c’est une occasion unique de présenter sa large collection Ensor, complétée d’œuvres dont certaines n’avaient pas été exposées en Belgique depuis 50 ans.

« Ensor Démasqué » fait pénétrer le visiteur dans l’atelier de l’artiste et dans son imaginaire. On y découvre un Ensor plus tendre que sarcastique, finalement.

 Ensor peint le réel et l’intime

 Très tôt et durant toute sa carrière, Ensor observe la vie quotidienne. Depuis sa chambre au grenier et les autres pièces de la maison parentale, il est fasciné par le spectacle de l’intérieur de la maison : pièces accueillantes, pleines d’objets, mobilier, cheminée et garniture. Apparaissent aussi les femmes et les hommes qui l’entourent : sa sœur, sa mère, ses amis Théo Hannon et Willy Finch deviennent ses modèles de prédilection. Ainsi sa mère apparaît elle presque sans interruption dans ses dessins, de 1877 jusqu’à son décès en 1915. Un tableau d’une absolue dureté, « Ma mère morte », est à regarder avec attention : sa mère, profil monochrome les mains jointes et la bouche béante, sur son lit de mort et, à l’avant-plan, une série de fioles aux étiquettes colorées prennent toute la place.

 Ensor est un redoutable dessinateur

 A travers près de 145 dessins, on découvre la recherche acharnée que fait le jeune Ensor auprès des grands maîtres. Se consacrant entre 25 et 28 ans presque principalement au dessin et aux eaux-fortes, il copie Rembrandt, Redon, Goya, Delacroix : d’un trait vif voire rageur, Ensor déploie une force dans son regard sur l’œuvre qu’il admire et aimerait concurrencer. On sent qu’il cherche une base, il s’appuie sur les maîtres pour trouver sa voie d’expression. Dans d’autres études, croquis pris sur le vif, recherches préparatoires ou dessins retravaillés durant plusieurs années, Ensor traite les multiples possibilités de la ligne, affinant sa vision presque symboliste.

Ensor peint la lumière 

 Inspiré par Whilster ou Turner, l’artiste prend prétexte du sujet,  « Adam et Eve chassés du paradis» pour une mystification lumineuse pleine d’ivresse. La lumière, ici n’a plus une fonction rationnelle, mais plutôt émotionnelle et mystérieuse. Plus loin, dans les dessins et eaux-fortes, le jeu des ombres et de la lumière est magnifique.

Ensor a un regard sarcastique sur son époque

prev_pfile108495_activity10059

A travers ses tableaux les plus connus, dont « L’intrigue », Ensor joue avec les faces grimaçantes des masques , pour une vision second degré de la vie politique et sociale de son époque. C’est l’Ensor connu. Les couleurs claquent, ça grimace joyeusement. Il révèle la nature véritable de l’humanité, mélange de ridicule, de méchanceté et de tendresse. Parfois scènes de genre, parfois dessins au vitriol, tout le monde y passe.

Ensor est un coloriste audacieux

prev_pfile108498_activity10059

Plus de la moitié des œuvres de l’artiste sont des nature mortes. Sur celles réalisées autour de 1920-30, soit quand il est reconnu et n’a « plus rien à prouver », les couleurs éclatent dans toute leur pureté et acidité. « Azalées » , c’est toute la fraîcheur d’un bouquet dans un panier, le contraste audacieux entre le rose des fleurs, le rouge piquant du panier et le jaune d’un napperon. Le sujet a disparu au profit de la jubilation du mélange des couleurs. Même constat dans « Fleurs fraîches et figures gaies », œuvre dans laquelle l’artiste apaisé joue avec de beaux aplats de couleurs pour une nappe, sur laquelle est posé un masque, des vases et chinoiseries.

Ensor est aussi compositeur et écrivain

En résonnance avec l’exposition « Ensor démasqué », le Palais des Beaux Arts présente une sélection de manuscrits, publications, photos et documents et révèle l’artiste écrivain et compositeur.

L’œuvre d’Ensor est remarquablement protéiforme

Oui.

  • Ensor démasqué
  • Espace Culturel ING
  • Bruxelles
  • Paru dans L’Echo en octobre 2010

 

À propos de Muriel de Crayencour

On écrit bien sur ce qu’on aime. J’ai beaucoup visité de musées et d’expositions depuis toujours et ai une formation d’artiste. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque œuvre d’un bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. C’est comme une gourmandise qui ne finit pas. C’est passionnant de se rendre compte que l’œil s’éduque, comme la voix, l’oreille ou le palais. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. Muriel de Crayencour a rédigé des chroniques sur les arts visuels durant 5 ans pour L'Echo (www.lecho.be). Elle est actuellement journaliste culture pour M Belgique.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :